Spectacle écrit par Philippe Touzet, mis en scène par Charlotte Matzneff avec Jérome Cachon, Bruno Gare, Balthazar Gouzou, Romain Lagarde, Karine Lyachenko.
Paris, mars 1944. C'est d'abord un feu de cheminée qui alerte les voisins de la rue Le Sueur dans le 16ème arrondissement accompagné d'une odeur pestilentielle. Les pompiers se rendent sur place et appellent à leur tour la police : ce qu'ils ont découvert est terrifiant.
Comme pour la plupart des créations de Charlotte Matzneff et du Grenier de Babouchka, tout commence et tout se termine en musique. C'est une nouvelle fois le cas avec un riff de guitare envoyé dès les premières minutes dans une ambiance pesante et anxiogène.
La création sonore idoine de Mehdi Bourayou associée au décor une nouvelle fois fabuleux d'Antoine Milian installe immédiatement une ambiance poisseuse et oppressante.
"L'Affaire Petiot" de Philippe Touzet suit l'enquête du commissaire Massu (le vrai policier qui a servi de modèle au Maigret de Georges Simenon) flanqué du jeune inspecteur Borona sur les traces d'un des plus grands tueurs en série français du vingtième siècle.
Le texte, parfaitement bien documenté, allie chronologie des faits et humour à la Michel Audiard pour faire passer cette sombre affaire. Les répliques sonnent justes et sont bien souvent percutantes. L'auteur a de plus réussi à faire vivre tous les seconds rôles qui embarquent le spectateur dans une intrigue aussi noire que palpitante pendant l'occupation.
Karine Lyachenko compose une galerie de femmes, toutes différentes, avec talent. Bruno Gare est désopilant en brigadier. Pierre Benoist et Jérôme Cachon sont formidables dans différents personnages. Et Romain Lagarde donne une profondeur et une humanité extraordinaires au Commissaire Massu. Il est absolument magnifique !
Enfin, la révélation de ce spectacle c'est assurément Balthazar Gouzou qui compose avec une belle variété de jeu un Maurice Borona poignant passant de la maladresse à l'émotion.
Charlotte Matzneff fait encore des merveilles dans sa mise en scène. On y retrouve la fluidité de son précédent "Le Chant des lions" avec un décor aux parois tournantes qui change les espaces à grande vitesse. Les costumes parfaits de Corinne Rossi et les lumières fines et inspirées de Moïse Hill parachèvent cette grandiose réussite.
Avec cette équipe admirable, Charlotte Matzneff parvient à insuffler à l'ensemble une atmosphère onirique et désespérée dont on ne sort pas indemne. Un bijou glaçant mais d'un fascinant éclat.
