Je garde un bon souvenir de ma derniere rencontre avec Gary Shteyngart et de son dernie roman paru aux éditions de l’Olivier, Lake Success. C’est donc avec un grand plaisir que j’ai pu me plonger, avec un peu de retard par rapport à sa sortie, dans son nouveau livre, Vera dans son monde.

Son nouvel ouvrage est un peu ce que peut représenter l’Amérique vue à hauteur d’enfant. Cet enfant, c’est Vera Bradford-Shmulkin, tout juste dix ans qui vit à New-York. Elle tient un "Journal des choses que je ne connais pas encore". Elle adore le mot "grandiloquente" sans être certaine de savoir ce que cela veut dire. Elle déteste parfois son demi-frère, Dylan, surtout quand il a mangé des Cheetos.

Vera sait peu de choses de sa mère, americano-coréenne. Sa belle-mère, Anne, son père Igor, mais aussi leur voiture Stella (qui parle) et leur ami Kaspie, échiquier à l’intelligence artificielle (qui parle aussi) complètent son petit monde.

L’ouvrage nous embarque dans un futur proche, à la fois imaginaire et réaliste, puisque les Etats-Unis basculent dans la répression. Vera se fait le témoin d’un double chaos : les fondements de l’Amérique s’effritent et ceux de sa famille aussi. Alors elle déploie sa sagacité hors normes pour recoller les morceaux possibles.

C’est la démocratie qui vacille dans ce nouvel ouvrage de Gary Shteyngart, se tournant vers le fascisme, avec une loi qui a pour but de favoriser les Américains de souche qui s’apprête à être voté. Avec un père plutôt porté vers la gauche et une mère pas vraiment pure souche comme le voudrait la loi et une belle-mère très malade, qui risque de mourir, Vera ne peut trouver de réconfort qu’auprès d’engins virtuels. Maligne, particulièrement intelligente, cette petite ambitionne d’assurer la cohésion de sa famille, sur le point de se séparer.

Comme dans son ouvrage précédent, l’auteur nous montre son talent humoristique, réussissant à traiter des sujets graves en les rendant plus légers par sa plume. Cette petite Véra est vraiment géniale dans tout ce qu’elle entreprend. Elle est terriblement attachante, du fait de sa jeunesse alors qu’elle peut paraître parfois plus adulte que ceux qui l’entourent. On rit autant que l’on peut être ému dans cet ouvrage, certains passages dégageant de belles émotions notamment lorsque la petite rencontre ses grands-parents maternels.

Vera dans son monde est un livre d’une très grande sensibilité qui fera passer le lecteur dans différentes émotions tout en le faisant beaucoup reflechir sur ceux qui nous gouvernent, sur l’avenir de l’Amérique au travers d’une famille avec les yeux d’une petite fille surdouée qu’on n’est pas prêt d’oublier.