Je ne connaissais pas Thomas Simon Saddier avant de recevoir un message de son label, Sub River Records (le label de Laval… celui du Québec), m’annonçant la sortie de son nouvel album, L’archipel des ombres, paru le 27 mars 2026.

Loin d’être un débutant, Thomas Simon Saddier possède un parcours impressionnant. Docteur en lettres et musique (Université de Genève), titulaire d’un master en musicologie (Lyon 2) et d’une licence en art et technique du son (Marne-la-Vallée), il a multiplié les projets musicaux.  Du post-rock (Oppenheimer’s Elevators) à la pop psyché (Lesbian Speed Dating), en passant par le rock psyché (Temple Otium) et l’électro-pop (Sens Sauvage). Il est également écrivain, auteur de plusieurs ouvrages publiés entre 2020 et 2025 (notamment Sitar & Rock’n’roll chez Camion Blanc  mais aussi Genève la nuit, L’appareil Occidental, Les Derniers). En 2025, il sortait déjà un premier album sous son nom, Toute ta vie recherche les tiens, dans un style légèrement différent, quelque part entre Jean-Louis Aubert et John Martinez, comme un exercice de style, un très beau disque lui aussi ceci-dit.

Quoi qu’il en soit, cet artiste talentueux vient de livrer l’un de mes disques coup de cœur de ce premier semestre 2026. Un album de chansons "pop", porté par des textes très bien écrits qui parlent de la vie, de la jeunesse, de la vieillesse, de la transmission, de la communication entre générations, bref, de l’existence dans ce qu’elle a de plus universel.

Quand je dis "pop", c’est faute de mieux : la musique de Thomas Simon Saddier est difficile à enfermer dans une case. Éclectique, ludique, entraînante, poétique, mélancolique… souvent tout cela à la fois. Il s’amuse, il expérimente, il s’inspire pour au final produire un disque très personnel.

"Accroche-toi petit bonhomme" évoque clairement les Tindersticks, autant dans l’orchestration que dans la manière de chanter, avec des paroles touchantes : c’est magnifique. "J’ai tant de choses à te dire", autour de la communication parent / enfant, est tout aussi réussi.

On pense aussi à BABX ("Puisque rien n’a de sens") dans cette façon très incarnée de chanter, presque "jouée", comme au théâtre. Par moments, la voix se fait plus fragile, plus sur le fil, rappelant John Martinez (Mégaphone ou la mort, Le garçon rêvé).

Musicalement, l’album est riche, doté de très beaux arrangements et d’une fluidité mélodique qui fait que chaque titre reste en tête, "Je serais ton étoile filante" m’accompagne encore malgré moi.
En somme, un très beau disque de chanson francophone, singulier, sensible, qui ose sortir des chemins balisés. À découvrir absolument, et à suivre de près tant ses projets, eux aussi très éclectiques, promettent encore de belles surprises.