Voila là un ouvrage que j’attendais avec impatience pour au moins deux raisons.
La première est qu’il est écrit par Benjamin Fogel, un auteur que j’apprécie particulièrement pour la qualité de ses écrits, notamment autour de sa trilogie publiée aux éditions Rivages, que nous avons chroniquée lors de ses différentes publications.
La seconde vient de sa disponibilité, puisque j’ai eu la chance de l’interviewer lors de la publication de ses ouvrages et de le rencontrer lors d’un débat organisé proche de chez moi.
Avec son dernier ouvrage, Les évadés du convoi 53, l’auteur sort de sa zone de confort, celle du roman d’anticipation pour nous montrer ses qualités littéraires dans un autre domaine, celui du récit historique, inspiré d’une histoire vraie, qui plus est familiale, puisqu’il s’appuie sur la vie de son grand-père pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est chez Gallimard qu’il publie ce superbe ouvrage, que j’ai adoré, ce qui ne me surprend pas puisque vous me savez être passionné par l’Histoire, avec un grand H.
En mars 1943, le convoi 53 quitte Drancy, lieu de départ à l’époque des convois de juifs vers les camps de la mort en Pologne. A son bord, plus de 1000 juifs déportés vers le camp d’extermination de Sobibor, en Pologne. Treize d’entre eux vont tenter le tout pout le tout afin d’échapper à la mort. Cet ouvrage raconte leur incroyable évasion.
Cet ouvrage retrace aussi une histoire vraie, celle de Paul Fogel, le grand-père de l’auteur, et de ses compagnons d’infortune. Une histoire de survie au cœur de l’Allemagne nazie, où la force du collectif apparaît comme le dernier espoir des condamnés.
C’est vraiment un magnifique ouvrage que nous propose Benjamin Fogel autour de l’incroyable évasion de son grand-père ainsi que celle de ses compagnons d’infortune. Formidable conteur, il nous livre un superbe récit de survie dans lequel se dévoilent le courage, la solidarité et l’abnégation de ces hommes qui ne voulaient pas mourir. 13 hommes donc dont la dimension force le respect, évadés d’un convoi qui transportait plus de 1000 juifs dont une centaine d’enfants.
Benjamin Fogel nous offre un ouvrage qui mêle une mémoire familiale et une mémoire collective qui, au même titre que de nombreux ouvrages historiques, permettra de faire en sorte que l’on n’oublie jamais, l’horreur et l’indicible de la Shoah.
Quelle belle idée de sa part d’écrire un tel livre pour porter l’histoire incroyable de ce grand-père, décédé depuis une quinzaine d’années, pour un projet réfléchi depuis bien longtemps maintenant qui arrive aujourd’hui entre nos mains.
Un projet réfléchi et sûrement beaucoup travaillé, fruit d’un travail de recherche historique, d’une collecte de témoignages et de souvenirs pour nous embarquer vers un récit fascinant, autant que l’est cette incroyable évasion. Benjamin Fogel nous entraîne avec aisance (on a du mal à lâcher cet ouvrage une fois lancé dedans) dans cette folle histoire qui nous permet de découvrir les conditions de l’évasion et de faire connaissance avec les compagnons de ce grand-père.
L’ouvrage nous dépeint particulièrement l’époque qu’il raconte, aussi bien que pourrait le faire un ouvrage écrit par un historien. On se rend compte alors que la littérature est souvent aussi efficace que des ouvrages scientifiques pour appréhender une période historique. L’ouvrage nous renseigne sur les conditions de vie des juifs durant la guerre en France, sur la place centrale prise par Drancy dans la déportation.
L’ouvrage est aussi la formidable histoire d’un groupe de personnes uni par la simple volonté de vouloir vivre, de ne pas se résigner au drame qui les attend en Pologne. C’est un récit de courage, de solidarité qui donne à la lecture une dimension particulièrement haletante, qui explique de nouveau cette sensation de ne jamais vouloir lâcher l’ouvrage sans en connaître la fin. J’imaginerai bien au passage une adaptation cinématographique car cette histoire me semble particulièrement adaptée pour faire un excellent film.
Alors voilà, Les évadés du convoi 53 est un très grand ouvrage, un de plus sur un sujet aussi important que celui de la déportation et de la Shoah. Il prouve que Benjamin Fogel est un excellent écrivain, capable de nous proposer un ouvrage bouleversant qui rend hommage à son grand-père. Il fait partie de ses livres dont on ne ressort pas indemne de sa lecture, marqué par les faits qu’il décrit, les sentiments qu’il dégage, montrant toute l’énergie qu’est capable de se dégager d’un être humain quand il ne veut pas mourir. Chapeau bas !
