Il vaut parfois mieux ne pas lire les quatrièmes de couverture. C'est le cas ici. Le résumé en dit trop, simplifie à l'excès. Idem pour la présentation qu'en fait l'autrice sur Internet. Ce roman nous aurait sans doute moins fait envie en ayant eu connaissance de ces éléments de langage promotionnel démystifiants. Après avoir découvert cette écrivaine dans un recueil collectif de nouvelles érotiques écrites par des femmes, "Désirer", édité par L'Iconoclaste, on a voulu découvrir ce qu'elle avait fait d'autre. Ce roman, paru en 2024, nous est tombé sous la main. Bonne pioche.

Le point de départ : Jessica, la vingtaine sexy et paresseuse, se morfond à l'idée d'être seule un jour de fête. Lucide, elle a autant conscience du pouvoir d'attraction de son corps (qu'elle affiche sur les réseaux) que de la vulgarité qui la guette quand elle se laisse aller. Ce soir-là, elle va tromper sa solitude avec le premier venu croisé sur appli : Justin, pas assez bien pour elle, au fond du trou après une rupture, qu'elle "emballe" un peu par pitié, mais à qui elle va pourtant s'attacher plus que de raison…

Inutile d'en dire plus. Dans une écriture passant avec fluidité de la narration à l'intériorité des protagonistes, l'autrice dresse un portrait à la fois psychologique et discrètement érotisé d'une sorte de "cagole" parisienne, moins bête qu'elle en a l'air – ou que le croiront les amis de Justin, lequel a eu une vie avant elle, qui va venir hanter progressivement "Jess"... Sous couvert de réflexions sur l'amour et les stratégies qu'il implique, le livre parle de rapports de force : entre les beaux et les autres, les instruits et les autres ; chacun(e) étant alternativement le "con" de quelqu'un. Rien n'est univoque : l'héroïne, un peu paumée mais touchante, peut s'avérer cruelle ; mais le mépris de classe qu'elle subit lui enseigne des choses sur elle-même. Notamment : comment encaisser les "coups". Les amortir, par son instinct de survie... et les rondeurs de son corps de rêve. Puis les rendre. Donnant-donnant.