C'est dans le local du groupe, dans un quartier populaire de Saint-Etienne, que nous nous sommes retrouvés le 1er avril.

J'ai eu le plaisir d'échanger avec Dan, Max, Junior et Olivier. Franck le batteur était quant à lui absent (il paraîtrait qu'il est allé faire du skate, mais je n'ai rien dit, hein !).

L'ambiance est chaleureuse et les musiciens bavards et c'est pour cela que j'aime faire des interviews, pour que le groupe s'exprime.

Pouvez-vous vous présenter et nous raconter vos débuts ?

Dan : Vanilla Blue, on est des descendants de vieux groupes d'il y a longtemps. On se connaissait de groupes dans les années 90.
On va pas refaire tout l'historique. Mais pour être plus récent, avant Vanilla Blue, on était dans une autre formation qui s'appelait Facel Vega, avec deux autres personnes dont une chanteuse. Donc on était à deux chants, et puis il y avait Eddy qui était à la guitare.

Ça c'était jusqu'à un petit peu avant le premier enregistrement, et ensuite défection des deux. Et on a transformé ça en Vanilla Blue, à quelques mois du premier enregistrement.

Junior : Avec Dan au chant, Max à la basse, Olivier à la guitare. Et pour le premier enregistrement, je faisais la batterie, parce que j'étais à la batterie au début, et la guitare. Et ensuite pour le deuxième album, il y a Franck qui nous a rejoint, très vite à la batterie.

Sur la pochette du premier album vous êtes quatre, Après vous êtes cinq. Forcément il y en a un qui s'est rajouté.

Dan : C'est ça. A l'époque Junior était à la batterie, il a fait pas mal de parties de guitare. On s'est demandé si on récupérait un guitariste. Dans un premier temps c'était l'idée.
On s'est tous dit que l'identité sonore venait aussi pas mal de la guitare de Junior à ce moment-là. Enfin en partie, mais voilà, on s'est dit que ce serait bien de chercher un batteur.

Max : Et on a recruté Franck qui jouait dans plein de groupes qu'on connaissait depuis très longtemps, et qui jouait pas de batterie. Donc il s'est remis à la batterie.

Dan : C'est vrai qu'au début c'était un peu le truc, personne ne jouait vraiment de son instrument numéro un en fait. Max était batteur, et est passé à la basse.

Dan : Eddy était un bassiste qui s'était mis à la guitare, Junior il fait de tout, mais bon plutôt guitare et il était à la batterie. Moi j'avais un peu chanté, mais pas tant que ça. J'étais plutôt guitariste à la base.

Junior : Et Olivier lui était un guitariste qui jouait de la guitare avec nous. Vanilla Blue est plutôt né au cours du premier album.

Dan : Ouais, deux mois avant quoi.

Donc vous vous êtes réunis, vous avez fait un album, et c'est comme ça que le groupe est né en fait ?

Dan : Avec le groupe d'avant, enfin les prémices qui s'appelaient Facel Vega,  on a fait deux, trois concerts et avant le premier album ça a splité en fait. Ça a un peu clashé, et on s'est retrouvés à quatre. À deux mois de l'enregistrement du premier album.

Max : On était partis pour enregistrer un album de Facel Vega, pour être clair. Deux mois avant l'enregistrement, Facel Vega grosso modo s'arrête, puisque deux membres décident de ne pas continuer, et les quatre restants disent on continue, sur la base de ce qu'on avait déjà un peu en matériel. Et on a changé de nom.

Matériel qu'on a quand même réadapté, puisqu'il y avait un chant notamment qui manquait, et une guitare. On a réadapté un petit peu tout ça, ajouté des choses qui étaient un peu plus ce qu'on envisageait, puisque cette séparation elle n'est pas née de rien, il y avait des options artistiques entre mille guillemets qui se dessinaient, et qui étaient un peu, pas opposées mais enfin divergentes. On est resté sur notre truc, et on a recomposé des choses pour cet enregistrement en deux mois.

Effectivement Vanilla Blue a deux mois d'existence avant le premier disque donc

(rires)

Max : Sans le passif qu'on t'a expliqué, qui nous a amené à ça, sinon ça n'aurait pas été possible.

Dan : Le répertoire on l'avait pas mal maquetté, parce que c'était pendant la période, pas vraiment du confinement mais du couvre-feu. Si je me rappelle, c'est quand on avait maquetté chez nous, et quand on sortait après, je ne sais plus à quelle heure, on n'avait plus le droit de circuler. Bon bref.

Junior : On a beaucoup travaillé pour le premier album. On a beaucoup maquetté. Par ordinateur entre guillemets, boîte à rythme, programmé et testé des trucs. Plus en mode démo qu'en mode répète ici.

Max : Il y avait un peu des deux je dirais.
On a tendance à souvent dire ça, qu'on a beaucoup travaillé avec des échanges de fichiers, des machins et tout. Mais en fait, il y a toujours eu quand même le truc organique d'un groupe qui répétait.
Mais en plus, ce dont on n'avait pas l'habitude dans notre parcours musical, c'est qu'on a rajouté ces possibilités modernes, si tu veux, qu'on avait jamais envisagé avant le confinement.
Parce que pour nous, ça n'avait pas de sens. Mais qu'on a engagé avec le confinement, en se disant, c'est vrai qu'on peut gagner du temps en faisant des trucs comme ça. Puis on se retrouve ensuite en répète avec déjà du travail d'avancée.

Dan : Ça nous permettait beaucoup de bosser les arrangements. Parce qu'en fait, les morceaux naissent plutôt en répète.
On fonctionne beaucoup comme ça. Après, on les maquette. Avec une boîte à rythmes, etc. Et là, on bosse les arrangements. Sans être en répète. C'est un peu ça le fonctionnement.
Et ça, on l'a refait sur les deux autres albums.

Ce qui répond à une de mes questions qui est : comment vous composez ?

Dan : Ça dépend. Si on parle du dernier album, il y a plusieurs modalités.
Il y a des modalités où un morceau arrive quasiment bouclé par l'un de nous. Il y en a deux ou trois. Par Junior ou moi.
Sinon, il y en a un qui se pointe avec une idée à la gratte. Et puis, on le répète. Et puis, on arrive à peu près à un truc satisfaisant.
Et là, on le maquette.

Junior : Après, c'est vrai qu'on a tous composé pour Vanilla Blue, sur tous les albums. Et peut-être sur le dernier, on est trois... Après, composer, c'est un grand mot. Apporter les idées. On apporte les idées. On travaille. Franck, il a pas mal composé. Moi aussi et Dan aussi.

Dan : Après, ils sont tous signés Vanilla Blue parce qu'en fait, on les malaxes. La plupart du temps, plus ou moins.
Il y en a qui sont plus proches de l'idée de départ qu'apportée par un des gars. Sinon, c'est malaxé beaucoup.

Max : On parlait de Franck tout à l'heure. Il nous a rejoints à la batterie. Il n'était pas batteur, c'est un très bon guitariste et un très bon mélodiste.
Et donc, son rôle ne se cantonne pas à jouer de la batterie dans le groupe. Il amène ses compos qu'on retravaille. Enfin, qu'on retravaille ou pas. Ça dépend.
Mais... Voilà. Tout le monde intervient un petit peu du fait de notre... Comment dire ? Ancienneté dans le monde de la musique. Enfin, de notre musique.
Tout le monde a touché un petit peu à tout. En fait. On est tous intervenus à des postes différents dans les groupes qu'on a faits précédemment.
Et... (rires)  Ce qui rend pas forcément les choses simples. En tout cas, ça crée un foisonnement d'idées. (rires)
Et qui fait qu'on n'est vraiment jamais en rade de morceaux. On n'est pas en galère pour composer. On n'attend pas d'une personne comme peut-être dans pas mal de groupes, ça peut arriver. Qui compose et tout. C'est que là, ça se bouscule au portillon pour dire « Ah, moi j'en ai un, moi j'en ai deux, moi j'en ai trois. » Ça vient du batteur, du bassiste, d'un des guitaristes, du chanteur.

Dan : Le problème, c'est qu'en fait, si on regarde, on a trois batteurs, au moins quatre bassistes, et toi-même fais toi de la guitare (NDLR : en désignant Max le bassiste), donc on a cinq guitaristes et au moins trois chanteurs.
C'est un groupe où tout le monde parle de tout. On a tous un peu nos avis. On essaie d'être constructif.

Sur ces entrefaits arrive Olivier, un des deux guitariste du groupe.

(NDLR : Pour la petite histoire nous nous sommes aperçu en arrivant que nous avions tous une paire de Doc Martens, noire pour Dan et Max, rouge pour Junior et votre serviteur)

Dan : Mais voilà, pour ce qui est de composer, c'est comme ça que ça se passe.
Et sur le dernier album, il y a deux à trois morceaux qui ont été apportés et qui sont restés quasiment intactes.

Max : Plus que sur les précédents. Des morceaux clés en main.

Dan : Le gars qui arrive avec sa compo, il dit « Non, mais ça, ça ne change pas. »

Max : On a la liberté de jouer ce qu'on veut derrière, mais pas trop. (rires)

Olivier : Si tu suis les accords, ça va. Si tu ne suis pas les accords, ça ne va pas le faire.

Je vais poser la question que généralement, tout le monde déteste. (Je ne sais pas pourquoi. Moi, je la trouve cool, cette question.) On va imaginer pendant 30 secondes que vous avez un pouvoir magique. Vous pouvez jouer avec qui vous voulez, sur scène ou en studio, vivant ou mort. Vous choisissez qui ?

Junior : Moi, je vais commencer parce que c'est mon idole du moment, Tommy Keen, il est mort. Inconnu au bataillon, plutôt power pop. Il y en a plein d'autres, mais c'est celui qui me vient depuis quelques mois. C'est un américain.

Dan : Moi, je dirais Elliot Smith. Qu'il me donne un petit peu de son talent.

Olivier : J'aimerais beaucoup enregistrer avec Rob Younger, le chanteur de Radio Birdman.

Max : Moi, j'ai Chris Bailey en tête. J'aurais adoré jouer avec lui. Dans les Saints. Chaque fois que je le vois, je me dis que c'est bien dommage.

Dan : Et pour Franck ? C'est chaud pour Franck. Turnstile. Je pense qu'il aimerait bien.

Aujourd'hui, on est le 1er avril. Je ne fais aucune blague. Mais par contre, je me suis posé la question : est-ce que vous avez un souvenir particulièrement drôle d'un concert ?

Dan : C'est ce dont on parlait tout à l'heure. On s'est fait exclure de la soirée où on était invité. Sur la saison culturelle de Saint-Dié-les-Vosges. On était un peu des extraterrestres. C'était rigolo.

Junior : Pour Vanilla Blue, on s'est retrouvés malgré nous à un concert qui s'apparentait à un tremplin rock dans le Beaujolais où on jouait en premier et qu'effectivement, on aurait dû gagner aux dires des organisateurs parce qu'on avait pas trop mal joué. Mais on s'est retrouvés au milieu d'une fête de village. Je ne sais pas ce qui nous est arrivé. Un moment donné, on s'est mis à jeter de l'eau sur scène. Tout le monde était un peu dégoûté. Parce qu'on était le premier groupe, on avait un peu pourri la scène. Mais on avait fait le spectacle. 

Dan : Dans un des tout premiers groupes, on avait joué au Connemara à La Fouillouse je crois. C'était un petit tremplin rock. Et pareil on avait perdu. Mais le mec nous avait dit l'année prochaine, vous aurez les entrées gratuites à tous les concerts. La saison d'après était gratuite.

(rires)

Maxime : On n'a jamais gagné un tremplin. (rires)

Max : Une des expériences les plus drôles de concerts que je connaisse, c'est une bande de copains à nous, dont Philippe, dont on parlait tout à l'heure, qui vont à un concert de NTM

Joey Star, harangue la foule, etc. Et donc, il y a Philippe et un de ses potes à côté de lui qui a des cheveux longs. Joey Star les pointe, il dit il faut bouger, il faut bouger et il pointe le mec avec les cheveux longs et il dit, "et toi aussi, cheveux !"  (rires) 
L'histoire, c'est que le surnom est resté et que le fameux cheveux, je l'ai rencontré au concert d'il y a 15 jours à Tardy. Il a encore les cheveux longs. Et il m'a dit "C'est moi, cheveux." (rires)

Vous m'avez expliqué comment vous composiez. Après, je me demandais pourquoi vous aviez choisi l'anglais.

Max : Parce qu'on a toujours fait ça.
Tous les groupes qu'on a tous fait, on a quasiment toujours chanté en anglais. Question d'esthétique et de style. Le truc c'est que, comme on disait, on est acteur en musique depuis le début des années 90.
Par contre, on est fan de musique depuis les années 80. On a commencé par écouter du punk anglais, puis après est arrivée la vague punk française, où là, vraiment, les premiers concerts auxquels on assiste, ça nous rend dingue. On trouve ça vraiment incroyable.
Donc, on vit ce truc, vraiment, des textes en français. Et quand on se met à faire de la musique, il y a une nouvelle influence qui arrive un peu sur nous, qui est le punk américain, qu'on appelle hardcore, etc.

Olivier : Et pas que, le rock australien aussi.

Max : Et en fait, comment dire, comme on était la génération d'après le punk français, chaque génération a un petit peu envie de faire son propre truc. Tu vois ce que je veux dire ? Donc, on s'est appuyé sur ces nouvelles influences qu'on avait, tout en étant ultra fan de tout ce qui était français. Mais tout de suite, on s'est inscrit sur cette musique-là, de la fin des années 80, plutôt ricain, et ça chante en anglais, on a embrayé là-dessus. Pas que les textes, mais aussi les sonorités, etc. Et puis, au final, c'est construit un peu, comment dire, une scène autour de ce type de musique. 
Et la question ne s'est plus vraiment posée, de savoir si on devait chanter en français ou en anglais. Ça a un peu rallié tout le monde. Les amis musiciens s'inscrivaient aussi dans cette démarche.
Donc, quand Vanilla Blue a démarré, la question ne s'est pas posée. On se la pose de temps en temps, mais comme personne n'a grandi avec l'écriture en français, tu vois ce que je veux dire, parce qu'on pratique ça en anglais depuis 30 ou 40 ans, et bien, ce n'est pas un truc facile à mettre en œuvre, de changer, mais ça nous intéresse quand même.

Dan : Moi, qui fais une bonne partie des paroles, un texte pas super en anglais, limite, personne ne s'en rend trop compte, un texte raté en français, je n'ai pas trop envie.

Max : Si tu t'y étais concentré depuis 30 ans, la question ne se poserait pas, en fait.

Olivier : Il y a aussi une question d'éthique, de sonorité.

Junior : Maintenant, énormément de groupes, plutôt punk rock, un peu plus jeunes que nous, au final, chantent quasiment tous en français, parce que c'est une question de réflexe.

Je pense que le réflexe qu'il y a eu dans les années 90, c'était de chanter en anglais, parce que tout le monde chantait en anglais. Mais ça, c'est un truc qui date. C'est 2015, un peu avant, mais ce revival chant en français, il est assez récent. Et qu'en fait, effectivement, moi je suis un peu plus jeune que les autres, je suis baigné dans cette musique chantée en anglais, mais la musique chantée en français, ça sonnait tout de suite, alterno, trop alterno, où le réflexe mélodique derrière n'existait pas, parce que le chant en français était plus brutal.On posait sur les mots en fait, et pas sur la mélodie.

Olivier : Mais on a jamais dénigré en fait, on adore plein de trucs en français, et plein de trucs mainstream, mais on ne le fait pas par réflexe, moi j'ai commencé à la fin des années 80, à faire de la musique, et au début les premiers groupes ont chanté en français. On se rendait compte que ce n'était pas facile quand même.
Et après, pour se démarquer en fait de la génération qui nous avait précédé, il y a eu des groupes qui m'ont décomplexé : la Mano Negra, qui faisait des textes en espagnol et en anglais, bon ils sont français, et il y a les Burning Heads, qui sont arrivés après, qui ont été les premiers à sortir des 45 tours auto-produits, etc. Et ils l'ont fait en anglais, et tout le monde a adhéré sans se poser la question.

Junior : Et pour continuer sur l'histoire Vanilla Blue, il y a un morceau, New Morning, qui est sur le troisième album, qu'on a tenté en français.
On a fait des démos en français, Il doit rester une petite trace, et en fait on s'est rendu compte que l'anglais était trop ancré dans ce qu'on faisait, même pour nous, c'était dérangeant c'était même pas la question de le faire juger par d'autres gens, mais c'était dérangeant pour nous de l'écouter, c'était un peu trop...

Max : Et pourtant, on s'est retrouvé à un moment assez magique, je dirais, avec Spi, qui a enregistré le disque, qui était le chanteur de OTH, qui était l'une de nos idoles musicales, c'est un chanteur français. Et il passe ce morceau-là, qu'on avait déjà enregistré, alors lui, il revient tout le temps sur le fait qu'on devrait chanter en français. Et lui, il attrape le truc, il écoute, et il nous sort trois mots, et c'était d'une justesse, mais totale, mais bon, il a cette culture d'écriture, et c'est vrai que ça marchait à mort, tu te rappelles, quand il nous a sorti les mots...

Junior : Et pour l'histoire aussi, avec Spi, sans trahir des secrets, il nous expliquait que lui, quand il fait des démos, son yaourt, il est sonorité anglaise. En fait, il yaourte pas en français.

Justement. Il yaourte en anglais, en cherchant les trucs, et puis il expliquait... Après, les sonorités, les syllabes, machin, sont compliquées à choper, et puis après, le sens... C'est vrai que le français, on le comprend tous directement, c'est un peu plus difficile que l'anglais, sur le sens des mots, la tournure des phrases...

Dan : Moi, ce qu'il y a, c'est par rapport à mon rôle au chant, je le prends un peu comme un instrument, je crée une ligne mélodique de chant, et puis après, j'y mets des sonorités, et puis après, je fais un texte qui va correspondre, avec une thématique quand même, bien sûr, mais je veux dire, qui va correspondre à certaines sonorités. Je le fais plus facilement en anglais. Ça me permet de me détacher un peu de ce que je chante. En Français j'aurais plus de mal.

Max : Je trouve que c'est un peu dépréciant ce que tu dis sur ta capacité à faire des textes en français. Le truc c'est que quand on a démarré, on chantait en anglais. Tu aurais abordé le truc en disant : on chante en français...
Forcément, il ne faut pas préjuger de la qualité des textes, mais ils auraient été sans doute mieux que les tentatives qu'ont fait 30 ans plus tard de chant en français, parce que ça n'a pas été travaillé, et si il y a 30 ans tu avais démarré à faire des textes en français, ils seraient sûrement mortels, te connaissant.

Dan : Non mais, c'est sûr qu'il n'y a pas cette volonté-là de faire des chants en français. Avec Spi, à la fin de l'enregistrement, il me dit, bon, tu t'es bien débrouillé, mais maintenant, il faut que tu chantes en français (rires)

Max : Et alors, ce qui est drôle, c'est lorsqu'on voyage ensemble, pour tourner, soit pour enregistrer, et qu'on a du temps de libre, Dan prend une guitare, ou Junior, et on ne joue que des chansons françaises, mais tout et n'importe quoi, ça peut être La Souris Déglinguée, comme ça peut être Alain Souchon et on ne fait que des trucs en français.

Junior : Et même sans reprendre des morceaux, quand on improvise. Chez Spi, pendant l'enregistrement, on improvisait en français des conneries, et il nous disait, ça sonne super bien, il faut aller là-dedans, mais bon, effectivement, je ne sais pas si on peut assumer un groupe.

Dan : Je ne sais pas, c'est vrai que c'est un réflexe, et puis il y a quand même une question d'esthétique aussi.

Junior : Bien sûr, on n'est pas un groupe de chansons paillardes (rires)

Et justement, comment vous avez fait pour vous retrouver à travailler avec Spi ?

Dan : Parce que c'est Max qui a fait l'interface.

Max : L'interface, je ne sais pas. OTH, dont Spi était chanteur et puis après chanteur des Naufragés, OTH, c'était un groupe qui a énormément marqué Saint-Etienne dans son histoire punk-rock, parce qu'ils ont beaucoup joué, parce qu'il y avait un label qui leur sortait quelques disques à Sainté, etc.

Et donc, c'était presque perçu comme nos héros locaux, ce qui n'est pas vrai, mais en tout cas, on a vraiment grandi très, très, très baigné de ce groupe qui avait tout, qui était incroyable sur scène, qui avait les textes, qui avait le charisme, qui avait les riffs, qui avait le message de rébellion, mais malin, à l'époque. La première fois que je les ai vus, en 88, Spi avec ses menottes au poignet. Après, je me suis tapé toute la troisième avec des menottes au poignet (rires), tu vois, vraiment marqué au fer rouge.
Donc, on a gardé, je pense un peu collectivement, cette fascination pour ce groupe et cet attachement pour ce groupe qui le mérite. Et c'est une musique qu'on n'a jamais lâchée et on a toujours suivi ces gens dans leurs aventures musicales. Au moment d'enregistrer le premier album de Vanilla Blue, on pense à une partie d'Harmonica sur un morceau.
On se dit, putain, qui fait de l'harmo ? On ne sait pas trop. Et puis, je ne sais pas, je venais de rencontrer Spi pas trop longtemps avant, on avait discuté. Et je dit : on connaît un super harmoniciste, un mec hyper cool, c'est Spi, il n'y a qu'à lui poser la question.
Spi étant Spi il nous dit : bah ouais, cool, super, (rires). Il déboule au studio et il nous fait la partie d'harmo, il reste toute la journée à faire des chœurs, à faire des machins, ce qu'on n'avait pas demandé, à rentrer vraiment dans la dynamique des morceaux et tout. Et là, on se dit, putain, mais waouh, c'est vraiment super agréable. Et puis, il apporte vraiment plein de choses en très peu de temps, quoi, vraiment sur plein de choses.
Du coup, on est ravi de cette rencontre, de cette journée. Et quand il y a quelqu'un qui intervient dans Vanilla Blue, on considère tous que c'est un membre éternel de Vanilla Blue, donc on essaie de faire participer à chaque fois les gens qui sont intervenus dont Spi.
Et puis, sur le second, il n'a pas participé, mais enfin, il y a eu des échanges de morceaux, on a toujours gardé le lien. Et quand il a été question d'enregistrer le troisième, comme on sait qu'il a un G-son, qu'il a son propre studio, etc. On aime bien ce qu'il produit, en plus, en termes de son, on s'est dit que pourquoi pas essayer cet enregistrement avec lui, sachant qu'on avait compris qu'on se comprenait, qu'il y avait une base commune comme ça.

Dan : Plus que ça, même, je dirais, parce qu'il n'a pas participé au second album, mais Junior et Max sont partis dans un projet musical avec lui. Ça l'a vraiment emballé de rencontrer ces gens-là et il est parti à se dire, tiens les gars, est-ce que vous ne voulez pas faire un truc avec moi ?

Junior : Le projet qu'on fait ensemble avec Max, Spi, son frère et moi s'appelle Les Voleurs, on s'envoie des démos, on a enregistré un truc ou deux, effectivement. On avait testé un studio Warm Audio avec Alex Boule à Lyon pour le premier album, le deuxième album, on l'a fait dans une maison de campagne, on l'a transformé en studio d'enregistrement toujours avec Alex. Et puis pour le troisième, on s'était dit que peut-être on aurait le goût de faire différemment, de plus s'isoler, parce que c'était aussi la volonté de s'isoler. Il y a moins d'interventions sur le troisième, mis à part celles de Spi qui nous a enregistré, mais c'est vrai que sur les deux premiers albums, il y a des interventions extérieures de gens qui venaient, et le troisième, sur les discussions qu'on a eues, on avait cette possibilité d'aller s'isoler à 350-400 bornes d'ici, Spi était ok, nous, on était déjà allés chez Spi avec Max, on avait déjà essayé, on avait enregistré aussi un week-end pour enregistrer un morceau avec lui, pour voir si ça collait, et puis après on a pris nos agendas, on a regardé les dispos et on a fait 12 jours chez Spi dans son studio.

Dan : On savait que sa philosophie de producteur, c'est très ouvert, et que toutes les idées qu'on allait proposer, elles seraient possibles en fait. Et ça c'est quelque chose qu'on avait envie de faire, on a compris qu'avec lui, ce serait possible d'en faire, il a un peu partie prenante, ça le branche en fait ce genre de truc, donc c'était agréable de faire ça.

Junior : C'est parti, on savait qu'il nous laisserait, qu'on aurait de la liberté d'arrangement et puis des propositions de sa part aussi, alors après est-ce que ça se traduit sur le disque, c'est pas certain non plus, on aurait pu aller au bout de l'idée, et le fait de partir comme ça en groupe pendant 12 jours, c'était aussi quelque chose d'intéressant à faire en tant que groupe de musique.

Max : Maintenant ça s'est passé, c'est un gars très surprenant, alors si on reste sur l'image de ce qu'avait pu être OTH, un truc assez dur, c'est un gars qui a eu plein de surprises, qui est hyper ouvert. Il a grandi, il est super passionné de la musique, il ne vit que de ça, c'est sa seule nourriture, il est complètement immergé dans la musique, c'est son truc, il a une personnalité extrêmement positive, extrêmement ouverte, qui nous a séduit tout de suite, plus d'excellentes capacités techniques, plus un talent assez fou d'arrangeur, particulièrement sur les chants, le mec est hyper talentueux, il est technique, il est ultra sympa.

Junior : Pour les petites anecdotes d'enregistrement, t'es en train de faire ta prise, lui il a une idée qui lui vient, parce que ça lui inspire un truc, et d'un coup il va chanter ou jouer de l'harmonica, pendant que toi t'es en train de faire un truc un peu sérieux concentré, et il fait autre chose à côté, parce qu'il se dit tiens cette idée là, faut pas que je l'oublie, toi t'as la prise, au pire tu la referas, si tu t'es planté c'est pas très grave.

Dan : T'as l'impression qu'il est content de ce qui est en train de se passer, ça le branche en fait.
Il m'a mis en confiance, sans en rajouter, c'était super cool, en tant que chanteur, d'avoir lui, qui te met dans les conditions très simplement d'y aller en fait.

Max : Sans attribuer des qualités de franchise, d'honnêteté qu'on pourrait avoir, ou que les autres pourraient avoir, mais il est ce qu'il fait, il fait ce qu'il est, et ça matchait assez bien avec nous. On n'a pas particulièrement de plan de carrière, ça fait 30 ans qu'on bouline dans notre local, et on s'est assez vite reniflé les fesses, on a trouvé que c'était la bonne odeur.
J'ai regardé, entre le premier et le deuxième album, il n'y a eu pas eu longtemps, il y a eu plus de temps entre le deuxième et le troisième et vous expliquez que vous aviez besoin de vous retrouver isolés. Pourquoi ?

Junior : C'est pas un hasard, je pense que c'est vraiment du fait qu'on a enregistré le premier album et que Franck est venu nous rejoindre à la batterie, et qu'on s'est retrouvé en fait en se disant, est-ce qu'on répète les mêmes morceaux, est-ce qu'on fait un truc dans la foulée, ça nous branchait de faire un deuxième album dans la foulée.

Max :  Fin du premier album, Franck nous rejoint, et à ce moment là...

Junior : On se retrouve avec un nouveau membre dans le groupe et je ne sais pas ce qu'on s'est dit,  

Max : On a fait un reset, après le premier quand il y a eu un changement de line-up.

Dan : En plus on avait du matos, et on s'est dit, bon bah pas grave, on va refaire vite.
Après coup, on n'est peut-être allé un peu vite quand même, peut-être trop vite.
Après, on a un peu plus pris notre temps quoi, mais il s'est pas passé énormément de temps non plus !

Max : C'est un peu ce qu'on disait au début, c'est que tout le monde pousse la porte dans le groupe avec quatre morceaux dans sa poche, donc on avait validé cette première étape d'un disque, tout le monde avait des compos, on a envie de les faire !
Alors je confesse un truc un peu moins sexy, qui est que quand même, je me suis dit, bon, le premier il a eu un petit écho, pas énorme, il serait pas mal de remettre une couche tout de suite, tu vois, pour faire exister le groupe, c'est con, c'est des ressorts un peu ringards.
On est venu, il y avait et le matériel pour, il y avait et l'envie, et le truc de se dire, bon, ben, allez on en remet une couche, pourquoi pas !
Avec le recul, on est tous d'accord, je crois pour se dire qu'on aurait pris six mois de plus, ça n'aurait pas été pire, mais bon, six mois de plus, c'était pas gagné, parce que à nos âges, c'est pas simple ! Tu imagines les contraintes familiales pour se retrouver au moment des vacances. Je crois que si ça se trouve en septembre ou octobre 2023, admettons, on s'est dit, si on enregistrait, c'est quoi la marge de manœuvre ? C'était juillet 2024, quoi, tu vois ce que je veux dire ! Sinon ça basculait à un an de plus, donc on a dit on bloque là et on avance.

Junior : Pour le troisième on a pris plus le temps parce qu'on n'a pas beaucoup joué en concert. On s'est bien concentré pour composer les morceaux du troisième. On a testé plusieurs méthodes et peut-être que la prochaine sera de composer pendant un laps de temps, faire des concerts pour roder les morceaux et après les enregistrer. On a un peu augmenter la fenêtre de tir entre chaque album, mais oui le deuxième est arrivé vite et on a pris un plus de temps pour le troisième.

Max : A titre personnel je ne regrette pas non plus le second, mais il n'est pas exactement ce qu'on espérait. Il existe quand même, il a quand même fait exister le groupe. C'est un peu ringard comme discours mais c'est un des trucs quand même que j'ai en tête
Ce qui m'a marqué c'est la beauté de vos vinyles, colorés avec de belles pochettes. Parlez nous de ces objets.

Dan : c'est gentil ! On est deux dans le groupe à avoir une tocade avec l'objet. On est 5 à avoir une grosse tocade sur la musique et on est deux à avoir une tocade sur l'objet particulièrement vinyles ça nous amuse de travailler cet aspect là quoi.
Et ce qui m'a marqué aussi c'est qu'avec les deux premiers il y a vinyle et cd et ça c'est génial et pas avec le troisième.

Max : Quand on a réfléchi à comment faire le truc comme tu dis on a pensé que le principe était vraiment cool mais ça montait un peu le prix du vinyle et que bon le coût du vinyle à l'époque qui est dix balles en dessous des prix du vinyle aujourd'hui n'était pas très bien reçu. Sur le troisième on s'est dit qu'on allait essayer de formuler un petit peu différemment avec un prix inférieur et une proposition cd pour ceux qui le veulent à côté à petit prix.  

Dan : Et ça satisfait un peu tout le monde du coup il y a un joli vinyle et si t'as pas envie de platine et que t'es pas un fan de vinyle t'achète le cd.

Max : Et puis comme t'as compris on parle entre gens d'une autre époque qui ont grandit avec avec ce format. Et pour la plupart si c'est pas en vinyle c'est que t'as pas fait un disque en fait (rires)
On continue sur l'avancée avec nos défauts nos qualités.

Quels sont vos projets dans les semaines, mois qui arrivent ?

Junior : chercher à faire des concerts, jouer parce que parce qu'on se voit quand même toutes les semaines pour répéter, on est un vrai groupe de répétition.

Max :  On répète toutes les semaines depuis depuis 5 ans !

Junior : Je vais parler pour ma part, je pense que c'est partagé, c'est jouer, faire des concerts, profiter de nos trois albums pour pourquoi pas récupérer des morceaux du premier et les réarranger, les réadapter. Pour le concert de sortie on a choisi une vingtaine de morceaux on a fait des votes sur les morceaux qui étaient le plus cité etc.
On va dire que les projets c'est de jouer un maximum mais ça c'est très difficile parce qu'il faut chercher des concerts et vraiment c'est un autre métier donc on va peut-être se former à ça n'est-ce pas.

Dan :  Dans la mesure du possible et parce qu'en fait c'est des bons moments qu'on passe ensemble. On part un week-end, c'est rigolo et je pense que plus ça va plus on y prend plaisir en fait.

Max : Mais vu que ça va pas se passer comme ça (rires) dans trois semaines on se fait chier et on est reparti pour faire de la compo (rires).

Junior : Je mettrais de la mauvaise foi parce qu'on n'a pas de veto dans le groupe mais que de la mauvaise foi pour ne pas le faire !

Dan :  le prochain concert qui est prévu c'est pour la fête de la musique à Yssingeaux (NDLR : En Haute-Loire)

Junior : On a des gens qui nous ont contacté en Bretagne mais après la Bretagne il faut y aller.
Il faut lancer la machine et quand on saura comment faire, harceler les gens (rires).

Vous avez « détesté » la question quand je vous ai demandé avec qui vous auriez envie de jouer, vous allez haïr la dernière également : votre meilleur ami part loin et longtemps et vous devez lui offrir un album ou un bouquin ou ce que vous voulez qui va lui rappeler votre amitié, qu'est ce que vous lui offririez ?

Dan : une guitare !!

Max : ça dépend quel ami, pour rappeler l'amitié un disque de la Souris Déglinguée.

Olivier : J'offre toujours le même disque aux gens : Curtis Mayfield. J'ai dû l'offrir 5 fois !

Junior : Moi je lui ai offert un slip. Un slip porté pour garder l'honneur ! (rires)

Vous avez un mot pour conclure ?

Max : Le message ça serait de dire qu'on a des efforts à faire sur le démarchage de concerts en interne mais pour les gens qui auraient envie de nous faire jouer, on arrive toujours à se rendre dispo et c'est vraiment ce qu'on a envie de faire. A défaut d'être très proactif, on joue là où on nous pose et où on nous accorde des bisous (rires)

Junior :  Merci à toi en tout cas pour l'intérêt porté à notre groupe et puis on va rester sur ce message là, on aime bien jouer, on aime bien rencontrer des gens parce que c'est peut-être pour ça aussi qu'on fait de la musique à nos âges.

Dan : Oui c'est plus pour rencontrer des gens, aller faire des choses un peu différentes de nos paires, il y a des groupes qui sont là pour véhiculer des messages, franchement je pense que nous on est là pour échanger des moments positifs. Plus ça va, plus en concert on a envie de voir, les gens sourire en fait. Que ça bouge et que ça sourit.

Max : Le gros paradoxe c'est qu'on fait pas de la musique de danse mais c'est ce à quoi on aspire (rires).

C'est à dire en fait au fond de nous, on est un groupe disco. On a envie du sourire, de la liesse etc, mais on joue une musique dépressive (rires).
C'est sur ces paroles et ces rires que nous nous sommes séparés. Enfin on a continué de discuté un peu et le groupe m'a invité à une prochaine répétition et j'irai avec grand plaisir.

Tu sais pour ta part ce qu'il te reste à faire !!