Pièce de Céline Caussimon mise en scène par Sophie Gubri, avec Céline Caussimon.

Cécile Caussimon l'avoue d'emblée : elle n'a pas lu Michel Foucault et ne sait rien de l'un de ses maîtres ouvrages, "Surveiller et Punir", où il se penche sur les dispositifs qui ont abouti à la création de la prison moderne.

Tant pis, la chanteuse et comédienne se fera son opinion par elle-même puisqu'elle propose d'animer un atelier d'écriture sur la peinture à destination des prisonniers. C'est pour cela que son spectacle sera sous-titré "Chefs d'œuvre en prison"...

Pendant plus d'une heure, elle va faire le récit de sa découverte de l'univers carcéral. Un récit plein de candeur et d'humanité, une plongée concrète et chaleureuse dans un lieu dont elle ignorait les tenants et les aboutissants. Et cette expérience empirique, elle saura la transmettre à des spectateurs souvent pas plus au fait qu'elle de la réalité de la prison.

Intervenante extérieure, novice de surcroît, elle se posera aussi des questions sur sa légitimité. Pourquoi permettre à des détenus de "s'évader" en parlant de ce qu'ils ressentent en regardant des projections de tableaux de Picasso, De Staël, Rembrandt... et Cézanne ? A quoi peut bien servir tout ça ?

Arpentant la scène, actionnant son appareil à montrer des merveilles, lisant les textes que ses élèves ont produit sur les tableaux qui les ont emmené un instant dans un autre monde, Céline Caussimon est captivante. Elle s'interroge sur ce qu'ont bien pu ceux qui ont suivi son "enseignement". Même s'ils ne bénéficiaient pas de l'astucieuse mise en scène de Sophie Gubri, elle a sûrement réussi son coup avec eux.

Elle qui doute de son rôle, craint même d'avoir été contre-productive dans une histoire d'embrouille entre détenus, on peut supposer qu'elle a aussi réussi à faire du bien à un public qui en a tant besoin... Quoi ?

Mystère...

Il faudrait aussi se demander si depuis qu'elle a commencé ses ateliers, l'autrice a enfin lu Michel Foucault. En tout cas, pour elle, cette expérience nouvelle aura valu toutes les connaissances livresques. Foucault annonçait la "mort de l'homme". Cécile Caussimon lui oppose une foi en l'homme, certes pleine d'interrogations, mais capable de produire un beau spectacle et de semer des petits cailloux pleins de bienveillance.

Une leçon à méditer et à venir partager.