"Voilà la réfutation de tous mes anathèmes" Cioran, Aveux et anathèmes.

Il y a pourtant pléthore de sublimes versions qui resteront à jamais (par exemple : John Eliot Gardiner avec le Monteverdi Choir, l'English Baroque Soloists, Mark Padmore, Hanno Müller-Brachmann, Peter Harvey, Bernarda Fink, Joanne Kune, Nikolaus Harnoncourt avec le Concentus Musicus Wien, le Chœur Arnold Schönberg, Anthony Rolfe-Johnson, Robert Holl, Anton Scharinger, Angela Maria Blasi, Marjana Lipovsek ou encore Philippe Herreweghe avec le Collegium Vocale Gent, Mark Padmore, Sebastian Noack, Michael Volle, Dominik Wörner) pourtant cette interprétation est une véritable claque.

Naturellement, ce n’est pas une surprise tellement la musique sous la baguette de Raphaël Pichon (la Passion selon Saint Matthieu, le Requiem de Mozart, le Requiem allemand de Brahms ou les Vêpres de Monteverdi…), sûrement l’un des chefs les plus passionnants actuellement avec l’Ensemble Pygmalion est gage d’absolue beauté.

"Herr, unser Herrsher"

Il y a dans cette version avec Huw Montague Rendall, Julian Prégardien, Ying Fang, Lucile Richardot, Laurence Kilsby, une intensité, une subtilité, une puissance émotionnelle, une homogénéité, une clarté incroyable et pourtant chaque musicien semble porter le poids du monde sur ses épaules. Le continuo à lui seul mérite des louanges superlatives. Ici, le divin et l’indicible se partagent, c’est l’essence de cette oeuvre, confronter les sentiments contradictoires et profonds qui habitent chacun d'entre nous.

Magnifique n’est pas un terme assez fort. Rejoignons Cioran, grimpons cette "échelle de larmes sur laquelle gravissent nos désirs de Dieu" et considérons Bach comme dernier échappatoire…