Depuis ses débuts, le groupe rouennais occupe un territoire à part dans le rock français : quelque part entre folk, rock, americana et chanson française.  Les "Calexico normand", non par mimétisme, mais par cette capacité rare à ouvrir des horizons, sont donc de retour. 

Avec ce nouvel album, le huitième, Timidité des arbres, La Maison Tellier ne change pas de cap. Et c’est tant mieux, à l’heure où l’époque encourage trop souvent la facilité. Le groupe continue de défendre l’inverse : des chansons qui prennent leur temps, s’installent durablement et séduisent par un sens incontestable de la mélodie. Ce ne sont pas des morceaux conçus pour agiter les playlists une semaine avant de sombrer dans l’oubli. Ce sont des chansons qui restent, et qui s’écoutent avec bonheur, paisiblement chez soi sur son canapé.

C’est le cas dès l’ouverture avec "Au Vauban", un titre magnifiquement écrit, porté par un son de trompette délicat, jamais tapageur. Ce qui frappe d’emblée, c’est la cohérence du disque, sans jamais tomber dans la boursouflure. Un vrai sens de la nuance.

"Love / Again", chanté en partie en anglais, se distingue par ses cuivres chauds et enveloppants, ainsi que par un habillage mariachi tex-mex particulièrement réussi. À l’inverse, "La Timidité des arbres" semble concentrer à lui seul tout le projet du disque, sommet de l’album, notamment grâce au chant de Karen Lano.

"En moi le chaos" se fait plus direct, plus électrique. Puis viennent les petits bruits d’oiseaux qui introduisent "La Chanson de Jean-Louis", hommage à Jean-Louis Murat. Une filiation revendiquée. Dans la même veine, "Ballade du vieux garçon" s’impose comme une pause sensible et personnelle, portée par la seule guitare acoustique, avec ces mêmes oiseaux en arrière-plan et même une référence à Manset.

Le disque se clôt magnifiquement avec "Veni Vidi Vixi", d’abord atmosphérique, presque suspendu, avec une partie parlée, avant de gagner en intensité et d’exploser pleinement.

La Maison Tellier confirme qu’il reste l’un des groupes les plus singuliers et les plus attachants du paysage français. Surtout, avec ce disque profond et cohérent, le groupe signe peut-être tout simplement son meilleur album.

En concert en avril à Rouen et à Caen.