Pièce de Tennessee Williams mise en scène par Christophe Hatey et Florence Marschal avec Christophe Hatey, Florence Marschal, Hugo Le Provot, Stéphane Piller, Lou Tilly.
En 1950. Dans la chambre d'hôtel où il est descendu à San José sur le golfe du Mexique, Chance Wayne reçoit la visite d'une ancienne connaissance l'avertissant d'abord que sa mère vient de mourir. Et d'autre part, qu'il est recherché après l'opération qu'a dû subir son amour de jeunesse, Angéline, fille du puissant gouverneur Finley. Il doit donc quitter la ville au plus vite.
Mais Chance est venu justement à San José dans le but de la reconquérir. Il est accompagné dans sa virée d'une star déchue incognito dont il espère qu'elle le fera devenir une star : Alexandra de Carlo dite "Princesse", qui fuit le monde du cinéma, sentant la fin arriver.
Dans cette Amérique ségrégationniste, les retrouvailles entre Chance et son passé, la confrontation entre Princesse et Chance, marqués tous deux par la solitude, va s'avérer passionnante.
Reprenant la pièce de Tennessee Williams, adaptée au cinéma par Richard Brooks mais rarement montée au théâtre, la Compagnie L'Air du Verseau, dont on avait beaucoup apprécié le version de "Pôles" de Joël Pommerat, met en valeur l'intrigue puissante et complexe de l'auteur américain.
La mise en scène de Florence Marschal et Christophe Hatey déploie avec talent ce jeu de pouvoir et de manipulation. La confrontation Chance - Princesse brasse de nombreux enjeux et leur duo, empreint de charme et de sensualité, atteint des sommets. Tous deux ont en commun un même désenchantement. Le face à face entre celui qui croît à la gloire et celle qui voit la vieillesse marquer son corps est captivant.
Florence Marschal est Princesse avec beaucoup d'intériorité et un jeu d'une subtilité impressionnante. Dans le rôle de Chance, Hugo Le Provot, magnétique et au personnage en constante évolution est sensationnel.
Les autres comédiens ne sont pas en reste : Lou Tilly montre une belle présence, Stéphane Piller dans plusieurs rôles est aussi convaincant qu'inquiétant. Enfin, Christophe Hatey en gouverneur Finley, glaçant à souhait, est absolument impressionnant.
Dense, âpre, complexe, "Doux oiseau de jeunesse" est une exceptionnelle descente aux enfers dans cette tragédie déchirante tant elle charrie de thèmes et donne à tous ses protagonistes une vérité saisissante.
La tension, tenue d'un bout à l'autre, ainsi que la restitution de cette ambiance poisseuse du sud donne un grand drame désenchanté et grandiose.
Le combat du duo Princesse - Chance pour être dans la lumière, leur relation faite de mensonges et de faux semblants mais aussi de franchise et de lucidité offre un drame brûlant, fascinant et déchirant sur le temps qui passe. A ne pas rater !
