Réalisé par Kôji Fukada. Drame. 2h03. Sortie le 25 mars 2026 avec Yoko Saito, Yuki Kura, Yuna Nakamura, Miyu Ogawa, Mitsuki Imamura, Hinano Sakura, Erika Karata, Kenjiro Tsuda.

A 46 ans, Koji Fukada a déjà une filmographie bien fournie qui compte une douzaine de longs métrages, presque tous diffusés en France. Les cinéphiles se souviennent d'"Hospitalité" qui précédait sur le même thème "Parasite" du coréen Bong Joon-ho et de son précédent film, "Love Life", sans doute son œuvre la plus accomplie.

Fin observateur de la cellule familiale nipponne, Koji Fukada n'hésite pas à y introduire un élément perturbateur, parfois fantastique, qui donne une autre dimension à son cinéma. Projet qu'il envisage depuis plusieurs années, "Love on Trial" n'est apparemment pas de la même veine puisqu'il traite d'un sujet qui pourrait sembler futile : le monde des "Idoles". Au Japon, à l'instar de la Corée, les adolescents sont fans de groupes de filles ou de garçons dont ils suivent pas à pas la vie et le moindre de leurs faits et gestes. C'est à l'un de ces groupes, dénommé "Happy fanfare" que le cinéaste s'intéresse. Un groupe entièrement féminin. Chacune des filles qui le composent doivent chanter et danser sur des textes et des chorégraphies imposées par l'agence qui les a réunies. Tout est calculé, analysé, soumis à des sondages permanents. Ainsi Mai Yamaoka, une des membres du groupe, est mise en avant quand sa popularité dépasse celle de ses partenaires.

Dans la première partie du film, Fukuda montre presque d'une manière clinique comment fonctionne cette industrie du show-business. Il ne porte aucun jugement sur la qualité du spectacle présenté ni sur son intérêt. Simplement, on mesurera l'importance de ce petit monde dont la futilité a pris une dimension industrielle.

Au passage, les Japonais utilisent le mot "idole" en référence au film de Michel Boisrond, "Cherchez l'idole", datant de 1964 et tourné en pleine période yéyé avec Sylvie Vartan et Johnny, Eddy et tutti. quanti. Dommage que les distributeurs n'aient pas choisi d' y faire référence, plutôt que d'utiliser un insipide titre en anglais.

Tant pis et ce sera la seule critique négative, car "Love on trial" n'est pas un film mineur de Koji Fukuda. Au contraire, il y poursuit ses thèmes de prédilection, en particulier, il montre comment une petite Japonaise prise dans l'engrenage conformiste de la célébrité préfabriquée s'émancipe et devient une vraie femme libre et combattante.

Car elle va être aux prises avec l'agence qui contrôle le groupe "Happy fanfare" en transgressant un des points-clés de leur "charte" en tombant amoureuse... et surtout en ne le cachant pas, au risque de décevoir ses fans qui en font des créatures pures et parfaites. Le mot "déception" peut d'ailleurs prendre, comme le montre le film, des formes plus excessives...

L'idylle que va vivre Mai paraît totalement opposée à sa vie d'idole. Fukuda réussit de très belles scènes avec le compagnon mime de Mai. Disciple de Chaplin et d'Etaix, clown triste et poétique, sa radicalité tranche terriblement avec l'univers bruyant et saturé dans lequel vivait sa petite amie. Mais le réalisateur-scénariste n'est jamais binaire et quand viendra l'heure du procès du titre, bien des illusions se dissiperont encore pour la petite chanteuse...

Kyoko Saito, qui a vécu une histoire voisine de celle de son personnage, est une révélation et donne à son personnage volontaire dans les épreuves toute sa vérité.

"Love on trial" de Koji Fukada dépasse l'anecdote d'une jeune vedette en guerre contre ses Pygmalions 2.0. qui ne supportent pas sa rébellion amoureuse . C'est une description inspirée du Japon contemporain.