Spectacle de Chrystèle Khodr mis en scène par Nadim Deaibes et Chrystèle Khodr avec Chrystèle Khodr.

Présenté au Théâtre de la Bastille, "Silence, ça tourne" est un seule en scène, documentaire, où le plateau devient un espace d'enquête sur la mémoire et l'effacement de l'histoire.

L'autrice et interprète, Chrystèle Khodr, en collaboration avec Nadim Deaibes, y explore le siège de plus de 50 jours puis le massacre par des milices libanaises du camp palestinien de Tel al-Zaatar en 1976, à l'est de Beyrouth ; terrible épisode de la guerre civile libanaise qui fera des milliers de morts, des milliers de blessés, principalement des civils palestiniens.

Le spectacle, dont la première version avait été créée en Suède, puis retravaillé au Liban, se construit à partir du témoignage d'Eva Hamad, infirmière suédoise présente et elle-même blessée dans le camp assiégé.

Sur scène, archives sonores, bandes magnétiques et fragments narratifs recomposent peu à peu la mémoire de cette tragédie, dans une forme dépouillée qui décuple la tension du récit, reconstituant progressivement l'atmosphère du camp et donnant voix aux survivants.

Plus qu'une reconstitution historique, "Silence, ça tourne" interroge la fabrique de la mémoire collective : comment raconter un massacre oublié ?
Qui parle pour les morts ? Et que reste-t-il lorsque l'histoire se dissout dans le silence ?

Le spectacle est une saisissante performance, et transforme la scène en lieu de transmission face à l'oubli. La mémoire devient un acte de résistance face au silence.

La mise en scène dépouillée et le décor qui se construit à partir de bandes magnétiques au fur et à mesure que l'histoire se raconte, nous saisit d'émotion.

"Silence, ça tourne" s'impose comme une proposition exigeante et politique : un théâtre qui ne cherche pas à illustrer l'histoire, mais à la faire surgir, fragile et nécessaire.

Terriblement nécessaire.