Spectacle de Ali Babar Kenjah et Serge Barbuscia, mis en scène par Serge Barbuscia avec Serge Barbuscia, Jérémy Bourges, Théodora Carla, Bass Dhem, Aïni Iften.
Une mer bleutée et comme des étoiles filantes, des petites embarcations qui la sillonnent et ça, depuis la nuit des temps....
Avec "Le syndrôme d'Ulysse", Serge Barbuscia propose un Ulysse moderne, incarné tour à tour par tous les comédiens dans ce projet où la musique tient le rôle le plus important.
Elle est assurée principalement par Jérémy Bourges au piano et à l'accordéon qui en a réalisé la direction avec beaucoup de talent mais est aussi l'oeuvre de tous au plateau en un véritable orchestre.
Pour la partie vocale, c'est Théodora Carla qui a fait l'arrangement et effectue, avec Aïni Iften en duo notamment, une prestation émérite. Leurs deux voix puissantes et mélodieuses se mêlent avec bonheur.
Par ce spectacle, coécrit avec Ali Babar Kenjah, Serge Barbuscia a voulu rendre hommage à son histoire familiale : son arrière grand-mère quittant la Sicile pour Tunis au début du siècle dernier. Et sa mère, chanteuse d'opéra qui lui a transmis l'émotion du beau, qui a dû à nouveau traverser la mer avec son frère et sa soeur de Tunis à Marseille en 1958.
Il a souhaité confronter l'odyssée d'Ulysse à celle de tous les Ulysse modernes, traversant les mers sur des rafiots de fortune. S'alliant à la langue souple et échevelée de l'auteur caribéen à qui il raconte les histoires qu'il a en tête, le spectacle commence à prendre forme.
Par la grâce de sa mise en scène toujours en mouvement, ingénieuse et sensible, il fait de ce conte, qui ne cesse de faire le pont entre passé et présent, un vrai songe peuplé de personnages à la fois clownesques et émouvants. Des cousins des personnages d' En attendant Godot de Beckett aux costumes flamboyants de clochards des mers d'Annick Serret.
Il émane des ces tableaux sublimes, magnifiés par la lumière magique de Sébastien Lebert, du son parfait coréalisé avec Guillen Bleyra et des talents rassemblés des artistes sur scène (Serge Barbuscia, Jérémy Bourges, Théodora Carla, Bass Dhem et Aïni Iften), une grâce déchirante.
Une vraie création qu'on voit s'inventer sous nos yeux par le groupe entier. Il y est question de migration, d'échange, de découverte et d'altérité. Sans être jamais didactique ni moralisateur, "le syndrôme d'Ulysse" est une proposition visuellement et musicalement splendide, chaleureuse et humaine.
Un magnifique message d'espoir et de fraternité qui, par les temps qui courent, fait un bien fou.
