Spectacle écrit et mis en scène par Tara Caillet avec Carlotta Antonucci, Tara Caillet, Jimmy Condaminas, Etienne Faure, Joanna Flahault, Antoine Ody, Axel Stein-Kurdzielewicz.

Qu'est-ce qu'il faut pour réussir un bon spectacle de théâtre immersif ?

D'abord, une histoire. Une histoire sur laquelle il est possible de broder, d'improviser tout en restant dans l'atmosphère imaginée. Ensuite, un lieu où les spectateurs et les acteurs peuvent déambuler, seuls ou en groupe. Un lieu où, sans trop faire chauffer les cartes bancaires, un bar peut proposer de quoi se mettre en condition car, pour que l'ambiance soit bonne, il ne faut pas qu'immersif rime avec passif. Un petit remontant et, muni d'une nouvelle identité pour la durée de l'aventure, le plus timide sera vraiment un participant, capable d'intervenir à bon escient, de "jouer le jeu". Pour cela, bien sûr, sa créativité sera favorisée et finement canalisée par des acteurs concernés et efficaces. Car c'est là un élément essentiel : sans de bons comédiens, pas de bons théâtre immersif.

Eh bien, aucun problème : tous les feux sont au vert dans "La Dernière danse de Mata-Hari" écrit par Tara Caillet qu'elle met en scène avec Joanna Flahault. Tara Caillet interprète également le rôle titre. Elle est une Mata Hari à la fois enjôleuse et émouvante. Les spectateurs s'en apercevront quand elle les recevra dan son salon privé...

Ses partenaires, tous jeunes et passionnés, sont à l'unisson. Chacun joue sa partition avec beaucoup d'à-propos et savent répondre aux réactions inattendus de leur public complice.

Ceux qui ont déjà participé à des expériences immersives devraient mettre une excellente note à "La Dernière danse de Mata Hari". Avec des moyens limités mais des costumes et des personnages bien choisis, un "plateau" sur deux étages, Tara Caillet réussit à convaincre que l'on va assister à une plongée dans une des pages mythiques de la première guerre mondiale. Qui est Margareth Zelle ? Pourquoi cette danseuse orientale renommée se lance-t-elle dans l'espionnage ? Est-elle simplement vénale ? Quel double-jeu joue-t-elle ? Est-elle au service de l'Allemagne comme le pense son acharné adversaire du deuxième bureau, le Commissaire Ladoux (Axel Stein-Kurdzielewicz) ? Quelles sont ses relations avec la mystérieuse Miss Elisabeth(Joanna Flahault) et la tenancière du bar, Anna Lintjens (Carlotta Antonucci) ? Est-elle vraiment amoureuse de l'aviateur russe Vadim Maslov (Jimmy Condaminas) ? Aviateur ou profiteur ? Et qui se cache derrière Vincenzo Moni (Antoine Ody en alternance avec Etienne Faure), que personne ne croit vraiment serveur ?

Il faudra venir au Vieux Carré pour découvrir le fin mot de l'histoire qui est assez respectueuse de la vie de la danseuse spécialiste en danse indienne... A une nuance près... A l'ère de "Me Too", Tara Caillet a raison de ne pas faire triompher l'esprit militariste et le patriarcat archaïque. La tradition machiste veut que Mata Hari aurait eu ce mot ultime :"C'est la première fois qu'on m'aura pour douze balles.." Non, la fin de "La Dernière danse de Mata Hari" est dystopique.

Elle plaira à tous les spectateurs conquis par ce spectacle dynamique qui les aura fait voyager agréablement dans le temps.