Il y a des noms qui sonnent comme une promesse. Entre mélodies acidulées et rythmes percutants, Twist of Lemon s'impose comme la dose d’énergie indispensable.

Après la sortie de leur EP Freaks, le groupe nous accorde un moment pour discuter de leurs influences, de leurs concerts et de cette fameuse "touche de citron" qui rend leur son unique. Rencontre avec un groupe qui ne manque pas de saveur.

On ne peut pas commencer cette interview sans parler de l'origine du nom. Cela rappelle une célèbre interview de Kurt Cobain lorsqu'on lui demandait de définir la musique de Nirvana.

Léon : Oui, c'est exactement ça. Au début, le journaliste pose la question. Les deux autres, Dave [Grohl] et Krist [Novoselic], le batteur et le bassiste sont autour d'une table où il y a plein d’alcool, ils commencent à taper sur la table, à faire du bruit. Kurt les coupe, prend un citron et dit : "With a twist of lemon !".

Cela faisait longtemps que l’on cherchait un nom. Et puis, je tombe là-dessus sur Instagram à 4 heures du matin. On a tout de suite su que c’était le bon !

Joël : Il n’y a pas besoin de développer, de passer par quatre chemins : Twist of Lemon !

Julien : J’avais proposé plein de noms : Draft... (rires).

Léon : J’avais Blower mais on avait dit non ! Tu te souviens ? (Rires)

Julien : C'est peut-être voué à changer si à un moment cela ne correspond plus à l'esthétique du groupe.

Léon : Ce sera compliqué de trouver mieux…

Vous êtes tous les trois fans de Nirvana ou il y en a un plus que les deux autres ?

Julien : Capillairement parlant, il y en a un. (Rires)

Léon : Je ne sais pas pour vous, j'aime bien écouter Nirvana, mais ce n’est pas pour autant notre influence majeure. En réalité, le groupe n’est jamais directement influencé par leur musique, même si j'aime beaucoup ce qu'ils font de manière générale.

Joël : Pareil pour moi.

Julien : Oui, j'aime bien Nirvana, j'aime bien quelques titres quand même. Ce qui me touche avant tout, c'est leur énergie brute et ce côté avant-gardiste qui a tout bousculé à l'époque.

Léon : Il y a aussi ce côté "lycéen", un peu adolescent, qu’ils ont été les premiers à imposer. Il y a toujours une certaine influence, mais ce n'est pas l'influence principale.

Est-ce que vous écoutez tous la même musique ?

Joël : On n'a pas tous les mêmes inspirations.

Julien : Parfois, il y a des trucs sur lesquels on se rejoint et d’autres, pas du tout.

Joël : Exactement. J'écoute plutôt du jazz, du rock, mais ça peut être très varié, ça peut aller jusqu'à du jazz latino.

Julien : T'es fusion à fond.

Joël : Voilà. Jazz fusion. Sinon j'aime beaucoup le rock, le hard rock. Le metal, je n’en écoute pas vraiment, mais vraiment le rock. J’aime beaucoup le rock progressif. C’est de ce côté-là que se situent mes influences pour le groupe.

Tu peux citer quelques groupes ?

Joël : Alors il y a Toto évidemment, et surtout le nom qui me vient tout de suite en tête, c'est Steven Wilson.

Léon : Je suis pas mal sur du rock années 2000, style Radiohead, Muse… Pas mal de groupes modernes et nouveaux comme Last Train, un groupe de rock français, The Warning, Royal Blood… C'est principalement ce que j'écoute. Je peux écouter un peu de tout : cela peut aller du metal, du jazz, même du classique. J'écoute pas mal de classique aussi.

Julien : Je rejoins pas mal les goûts de Joël pour le coup, parce que j'aime beaucoup le jazz. Joël et moi sommes tous les deux musiciens de jazz à côté. Jazz swing des années 1950, style Art Blakey et les Jazz Messengers jusqu'à des trucs plus modernes, plus récents. J'aime beaucoup regarder les vidéos de Emmet Cohen. Récemment, il a sorti une vidéo avec Joshua Redman, elle est vraiment incroyable. Et sinon jazz, rock j'aime beaucoup.

Joël : Et peut- être préciser parmi toutes les influences que l'on a citées, pour la composition de notre musique, cela ressemble vraiment à du Royal Blood et à du Radiohead.

Léon : En fait, comme c'est moi qui compose, ce sont plus mes influences…

Joël : Il y a aussi un peu la patte Radiohead mais pas à 100%.

Léon : Il y a aussi la manière dont tu joues, par rapport au batteur de Toto, ta grosse influence Jaco Pastorius, tout ça se mélange.

Comment se passe la composition ?

Léon : C’est principalement moi qui compose. Souvent j'ai des idées de riffs, de mélodies. Je compose pas mal au piano. Souvent je les ramène en répèt' et on voit ensemble après.

Joël : C’est ça, Léon arrive avec ses propositions. A la batterie, j'essaie de voir quel rythme collerait le mieux à sa proposition. Pareil pour Julien.

Julien : Je pense que c'est une formation qui est bien adaptée pour les événements live. Notre patte personnelle est surtout apportée au moment où on va en répèt, chacun finit par trouver des trucs.

Pourquoi avez-vous formé ce groupe ?

Joël : Pourquoi ? Il faut poser la question à ces deux-là puisque j'ai rejoint le groupe récemment.

Léon : Je l'avais formé avec un pote du lycée qui était l'ancien batteur. Je pense que c'est pareil pour nous trois, la musique est notre passion avant tout. Et en plus de faire de la musique, si on peut faire de la musique ensemble, c'est encore mieux.

Faire un groupe a été un peu évident. C'est devenu naturel de se dire : tu sais faire de la batterie, je sais faire de la guitare, viens, on fait des trucs ensemble. Après on a eu besoin d'un bassiste, Julien était dans le même lycée.

Joël : Comme dit précédemment, le premier intérêt du groupe est surtout au niveau des concerts, du live. Pour moi, les meilleurs moments, c’est lorsqu’on fait un concert en live, par exemple au Truskel, dans des bars. C'est surtout cette ambiance-là qui est intéressante.

On aura beau jouer aussi bien que l'on veut en répétition, il y a dans les bars une ambiance, ce petit quelque chose, avec l'excitation, l'atmosphère électrique. C'est surtout ça, je pense, qui est responsable de notre meilleure performance.

Julien : Bien dit !

Est-ce que vous pensez faire venir d'autres musiciens dans le groupe ?

Léon : Bonne question. J'y avais pensé à un moment, peut-être pour un autre guitariste. Et finalement je me dis que power trio, ça reste assez efficace. En plus, plus on est nombreux, plus c'est chiant en termes de répètes.

Joël : C’est vrai.

Léon : Tout ce que je compose est souvent fait pour être joué à trois. Donc je me dis qu’un autre guitariste va faire doublon ou prendre un pianiste peut être superflu. En termes de son, trois, c'est assez efficace.

Joël : Oui c'est vrai, on joue assez fort. Si on se met à rajouter des instruments, cela va être encore plus compliqué. Pour l’instant, on galère déjà un petit peu. A trois, c'est déjà très bien.

Il pourrait y avoir deux batteries ?

Joël : Deux batteries ? La batterie, on l'entend déjà très bien. Une question intéressante serait si on devait rajouter un musicien, lequel ce serait ? La batterie, je ne pense pas que cela soit très utile, à moins qu'on soit une très grande formation. Une basse par groupe, c'est déjà bien. Une deuxième guitare en fait.

Léon : Une deuxième guitare, mais pour l'instant je n'en vois pas trop l’intérêt.

Joël : Ou un piano ou un chanteur.

Léon : Un chanteur, ça pourrait le faire. Après j'essaie de m'améliorer et de faire comme je peux. Au piano, ça peut aller si on fait un truc guitare - piano.

Joël : Oui, un pianiste, un synthé ou un truc comme ça.

Julien : Sinon, une viole de gambe, j’aime bien cet instrument.

Léon : Une flûte traversière, un truc comme ça. (Rires)

Est-ce que les textes sont importants pour vous ?

Léon : Cela renforce notre personnalité, ce que l’on veut montrer en étant Twist of Lemon. Nos textes sont assez engagés, comme par exemple "Fuzzy Radio" ou "Mask off". En même temps, on essaie de ramener quelques textes plus poétiques, comme "Freaks" ou "Puddle Reflection". "Freaks" parle d'un cirque de monstres assez inspiré des cirques du XIXème siècle, juste parce qu'à un moment, le piano fait une descente chromatique qui rappelle un peu les cirques. Pourquoi ne pas parler du mal être, du regard des autres, de manière assez poétique et assez sombre. Les textes sont assez importants. C'est toujours la phase un peu compliquée.

Julien : C’est en rapport aux films de David Lynch.

Léon : Je suis pas mal inspiré aussi des cinématographies de David Lynch. "Death Plaing Chess" vient d'un film, Le septième sceau, un vieux film d’un réalisateur suédois, Ingmar Bergman. Les paroles ont beaucoup d’importance, cela définit davantage le groupe.

Julien : Et l’ambiance du morceau en général.

Joël : C’est vrai. Pour donner un autre exemple, "Fuzzy Radio" ou "Mask off" sont tous les deux engagés et dénoncent cette corruption.

Léon : "Fuzzy Radio" porte sur la corruption des médias alors que "Mask off" sur les gens qui nous gouvernent en général, ceux qui sont au-dessus.

Aujourd'hui, il y a un nombre de groupes de rock impressionnant. Qu’est-ce qui vous singularise parmi tous ces groupes ?

Julien : Alors franchement, rien. (Rires)

Léon : Rien du tout, on est voué à l’échec ! (Rires)

Joël : Nos concerts nous singularisent. Souvent, on vient nous voir. On essaie d’aller au-delà de faire un morceau à la suite des autres, on a commencé à implémenter des transitions dans nos concerts. Par exemple, la basse n'est pas un instrument assez mis en avant.

Léon : On essaie de bosser de plus en plus la scénographie. Ce qui nous démarque aussi, c’est le fait de mettre le piano sur tout ça. On n'est pas juste basse - guitare - batterie à faire des gros riffs. On essaie aussi de faire des morceaux un peu plus doux, un peu plus travaillés. J’essaie de bosser des morceaux au piano en ce moment, tout ça avec un univers un peu sombre.

Quel message vous aimeriez passer ?

Joël : Le message principal, THE message…

Julien : Achetez des t-shirts et écoutez l’EP. En gros, c'est ça. (Rires)

Joël : Nos morceaux parlent de plusieurs thèmes à la fois, on n'a pas un message bien précis.

Léon : Sur scène, on a des choses à dire, on ne va pas raconter, je ne sais pas que Michel s'est fait tromper par Gérard. On s'en fout de nos vies. En fait, tout ce qu'on veut, ce sont des thèmes assez subjectifs, par exemple la mort pour "Death Playing Chess" ou même le sens de la vie pour "Puddle Reflection".

Julien : Ce sont plus des impressions, en fait.

Joël : Ce sont des thèmes qui peuvent parler aux gens qui nous écoutent. Les thèmes dont on parle dans nos morceaux sont ceux qui reviennent fréquemment lorsqu'on est jeune, lorsqu'on est adolescent.

Léon : Le fait qu'on parle aux jeunes et aux ados, c'est un peu comme Nirvana. Finalement, on revient au début de l’interview…

Julien : Est-ce qu'on se définirait pas comme rock impressionniste au final ? (Rires)

Léon : Rock impressionniste ! Pas mal, pas mal… On va créer un nouveau mode.

Vous avez donné pas mal de concerts. Je vous suis sur Instagram et j'ai constaté que vous jouez assez souvent. Est-ce qu'il y a une anecdote, quelque chose que vous aimeriez raconter ? Quelque chose de spécial qui s’est passé sur scène ?

Joël : Il y a toujours des anecdotes mais il n'y a pas un fait marquant, précis qui est rigolo à raconter.

Par exemple, on était à Rock en Seine, c'était vraiment le moment de ne pas se louper. A un moment on s'est mal compris, Léon et moi. On a eu un temps de décalage, mais je m'en suis rendu compte. C'est compliqué à expliquer, mais de façon concise, il y a eu un décalage d'un temps entre Léon et moi et j'ai eu la clarté d’esprit, je me suis arrêté pile-poil au bon moment, au moment où il fallait. On ne pouvait pas être plus connectés qu'à ce moment-là. Léon était dans son monde et j'essayais de m'adapter à Léon. Je me suis arrêté exactement au bon moment, je ne sais pas comment j'ai fait. Ce n'est jamais arrivé, c'était vraiment quelque chose de totalement improvisé et heureusement que j'ai réussi à le faire. On était à Rock en Seine, on avait la pression.

Léon : En plus, c'était sur le drop du pont "Fuzzy Radio", le truc à ne pas se louper. Si tu te foires, cela se voit tout de suite. Heureusement qu'on était connectés parce que sinon, cela aurait été horrible.

Il y a plein d'autres anecdotes. Par exemple, avant, il y avait un ingé son au Truskel qui était complètement barré, on n'entendait pas du tout ma guitare. A un moment du concert, il n'y avait que des galères sonores. Bon, on ne dira peut être pas le nom… (rires)

Joël : On n'a pas encore de grosse anecdote rigolote à raconter, ça va arriver…

On va parler quand même de Rock en Seine, j’imagine que c'était quelque chose d'important pour vous. Vous avez gagné le tremplin Rock en Seine. Qui a eu l'idée de s’inscrire ?

Léon : C'est moi. Comme c'est un tremplin lycéens, étudiants, il y avait plein d’affiches dans le lycée Hélène Boucher. C’était à l'époque où je regardais comment faire plus de concerts, comment se démarquer, comment avoir plus de gens qui te suivent. Le premier conseil était de faire des tremplins. Le premier tremplin qui sautait aux yeux était le tremplin Première scène qui permet de jouer à Rock en Seine.

D’ailleurs, on l’avait fait une fois. Joël ne faisait pas encore partie du groupe. On avait lamentablement échoué et on a pu le retenter. A l’époque, on ne savait pas exactement ce qu’était un tremplin.

Joël : C’est mieux de faire que des compos que de se ramener avec des covers. Il faut montrer sa personnalité.

Léon : Oui voilà, c'est ça qu'on n'avait pas compris.

Julien : C'est marrant comme nos standards de qualité ont changé. A l’époque, on était en mode "c'est incroyable ce qu'on vient de faire". (Rires)

Léon : Ouais, on sortait en mode "on a tout défoncé parce qu'on avait réussi à ramener le public". Et les gens disaient : "bah oui, mais vous avez fait pas mal de covers et ce n'est pas ce qu'on demande". En un an, on n’a fait que bosser les compos chaque semaine, des répètes pour être au poil, pour être carré et on est revenus avec Joël et on a tout donné. On a réussi avec la volonté.

Qu’est-ce que le fait d'avoir gagné le tremplin Rock en Seine vous a apporté ?

Joël : Ce superbe bracelet. Je ne l'ai toujours pas retiré. (Rires)

Léon : Le côté on joue, on est dans la cour des grands. A côté de nous, il y avait les loges de Queens of the Stone Age. On jouait en même temps que de groupes connus, hyper pros.

Joël : Littéralement, on jouait en même temps que Last Train.

Léon : C'était incroyable. Finalement, j'étais même déçu de jouer en même temps. J'étais un peu frustré : ils sont à côté, je suis obligé de jouer.

Joël : On a joué à côté de Last Train !

Léon : Surtout, on a bien appris : le fait d'avoir des ingés sons qui soient hyper pro, d'avoir un régisseur qui gère. On a été payés, on devait signer nos morceaux à la SACEM. Tout était pro et le fait qu'on joue dans un monde de pros, cela nous a grave appris.

On a pu mettre un pied dans cet univers, et placer la barre un cran au-dessus. Ce n’était pas juste faire des petits concerts à Paris, c'était jouer à Rock en Seine !

Joël : Tout ce qui est préparation également, coaching, ne pas être trop stressé, essayer de se mettre dans le bon mood, etc. et puis travailler aussi l'image. On a eu quelques propositions, on ne savait pas trop quoi faire mais en tout cas, on a avancé sur ce sujet-là.

Votre premier EP vient de sortir, quelle est la prochaine étape pour le groupe ?

Joël : Quelle est la suite ? On est en train de travailler dessus. En ce moment, on a plusieurs idées mais on n'arrive pas à les concrétiser.

Léon : On a fini l'année avec des concerts, on va essayer de se focaliser sur les compo. On a pas mal de compo qui ne sont pas finies, il faut qu'on avance. Peut-être un nouvel EP, sortir un single ou même un album.

Vous avez des concerts de prévu ?

Léon : Avec tous les concerts que l’on a faits, on a pas mal de contacts avec d'autres groupes. C'est sûr qu’en 2026, on va continuer de faire des concerts avec eux. Pour l'instant, on n'a pas encore de concerts en vue. On aimerait bien refaire un Supersonic, il y a encore d'autres tremplins, donc pourquoi pas s’inscrire ? Continuer à faire des petites salles comme le Truskel, la Mécanique Ondulatoire, c'était pas mal.

Finalement, c'est jouer sur scène qui vous intéresse le plus ?

Joël : Ah oui, vraiment. Comme je le disais avant, c'est vraiment l'atmosphère qui nous pousse à nous donner à fond, au meilleur de nous-mêmes. Mercredi, on a fat un tremplin à la Mécanique ondulatoire. Ce qui m'a mis vraiment dedans, c'était surtout de voir les gens, les jeunes kiffer notre musique.

Léon : "Les jeunes", comment tu parles ! (Rires)

Joël : Les jeunes, les gens de notre âge. J'avoue que quand on a commencé, je n'étais pas complètement dedans, j'étais un petit peu stressé et je voyais les gens profiter et je me suis lâché.

Léon : Surtout à la fin des concerts, quand tu as les gens qui viennent te voir et te dire : « c’était génial ! Oh le solo de basse, les morceaux au piano ! ». Et on continue à faire des concerts.

Julien : Voir qu'il y avait autant de personnes qui kiffent, c’est vraiment profiter de l'instant. Le concert est vraiment un moment spécial.

On a une question fil rouge sur Froggy’s Delight. Si vous deviez voir pour la dernière fois un(e) ami(e), quel est l'album que vous lui donneriez pour qu’il ou elle pense à vous ?

Joël : C’est un peu l’album de musique qui nous définit le plus, que l'on donnerait à un ami pour qu'il se souvienne de nous. Ah mais c'est difficile !

Léon : Laisse-moi réfléchir…

Joël : Je ne communique pas trop mes goûts musicaux aux autres personnes, donc je ne sais pas si ça a un sens. Même à un ami, c'est ça qui est dommage.

Léon : J’en ai deux ou trois en tête et je n'arrive pas à départager. Je donnerais déjà "Morning View" de Incubus.

Julien : Oh le puriste ! (Rires)

Léon : Je l'ai tellement écouté. Je dirais aussi un album de Radiohead, In Rainbows quand même, même s’il devient mainstream, c'est dommage. Avant, c'était un peu l'album préféré des vrais fans. Aujourd'hui, tout le monde le connait, c'est un peu chiant.

Julien : C’est moins bien quand c'est mainstream ? C’est ça que tu es en train de dire ?

Léon : C’est toujours moins bien quand c'est mainstream. J'ai tellement écouté In Raimbows, il est tellement incroyable et tellement d'inspi sur cet album. Et pour finir, je dirais Absolution de Muse, parce que c'est là que tout est parti, je pense.

Joël : Le problème est que j'écoute plus par musique que par album.

Léon : J’écoute toujours par album. Quand j'écoute un titre d'un album, je vais écouter tout l'album. Je n'arrive pas à changer d’artiste : quand j'ai une heure de transport, c'est toujours le même artiste à peu près dans la même période.

Joël : Moi c'est le même artiste mais pas le même album.

Ça peut être un morceau aussi.

Joël : Ça peut être un morceau ?

Léon : Le morceau, c'est plus chaud.

Julien : La question est difficile parce que ce n'est pas celui qu'on préfère le plus, mais celui qui est censé nous représenter le plus. Il y a une inflexion sur le sens, ce n’est pas forcément celui qui nous plaît le plus.

J'aime beaucoup Christophe Chassol, c'est un artiste que j'ai vraiment kiffé depuis que je l'ai découvert. J’ai adoré absolument tout ce qu'il a fait, j'ai tout écouté. Je dirais donc Big Sun de Chassol. C'est une œuvre complète parce que c'est aussi un film documentaire qui a accompagné une musique. Je trouve que tu n’as pas besoin des images tellement la musique est parlante. C'est tellement évocateur, je trouve que c'est vraiment exceptionnel.

Joël : Pour ma part, si je devais choisir un seul morceau qui me représenterait… Alors je ne sais pas si beaucoup de gens savent que c'est mon préféré à part mes parents, je pense que ce morceau me représente sincèrement au plus profond de moi-même. Je l'écoutais à fond à répétition lorsque j'étais en troisième.

C'est un morceau de Toto, que j'ai déjà mentionné comme étant l'une de mes inspirations. Un morceau instrumental de Toto qui s'appelle "Jake to the Bone". Symboliquement, c'était le dernier album où le batteur de Toto, Jeff Porcaro, une légende absolue, a joué. Il a joué avec tout le monde, avec Michael Jackson…

C'était le dernier album de Jeff Porcaro. Trois semaines après la sortie de cet album, il est mort. Toto a changé de batteur. Pour moi, ce batteur était presque à son apogée à ce moment-là. C'était incroyable. Je me rappelle que mon père, qui adorait ce groupe, était vraiment triste, tout le monde était très triste à la mort de Jeff Porcaro. Juste avant sa mort, il nous a légué un morceau qui était génialissime et qui est passé sous les radars. Je trouve qu'il n'est pas très connu, sûrement parce que c'est un morceau instrumental, du jazz fusion, du jazz rock. Je l'ai adoré ce morceau. Et si quelqu'un me demandait un morceau qui te représente le mieux pour que je puisse me souvenir de toi, ce serait ce morceau-là.

Qu'est-ce qui fait que vous faites de la musique ? Qu’est-ce qui vous passionne le plus ?

Joël : Je réponds direct : jouer de la musique. Si je ne pouvais pas jouer de la musique, je n'aurais pas cette passion pour la musique. J'aime bien écouter de la musique, mais la finalité, c'est toujours d’en jouer. Je veux faire partie de la musique. Surtout les interactions entre musiciens, que l’on peut avoir lors d'un morceau, la surprise lorsqu'on tente quelque chose pour la première fois, peut-être on peut se louper, mais ça peut sonner génial.

Quand Julien fait un petit changement à la basse, je le regarde toujours… C'est vraiment génial de pouvoir jouer avec quelqu'un. C'est un langage. Si je ne pouvais pas jouer de la musique, ça perdrait tout son sens.

Julien : Je suis d'accord. Par sa définition intrinsèque, la musique est quand même de l'interaction, c'est quelque chose de social. C'est nécessairement rencontrer des gens et intérioriser leur discours musical par l’interaction, l'interplay quoi.

Joël : C’est aussi le côté jazz qui ressort en nous.

Julien : C’est ça, l'improvisation. C'est hyper plaisant à écouter aussi. J'aime beaucoup écouter les grands improvisateurs comme Wynton Marsalis et son frère Branford Marsalis, que j'ai vu il y a pas si longtemps au New Morning. C'était exceptionnel.

Joël : Il n'y a pas besoin de se creuser la tête. Ce qui est génial aussi avec la musique, c'est que l’on peut rester sur une seule idée pendant cinq minutes. Alors, c'est typiquement quelque chose qu'on fait plus dans le jazz. Tu peux rester juste avec une seule idée et essayer de la développer à fond, essayer de raconter une histoire avec. C'est surtout cet aspect-là qui m'intéresse beaucoup aussi.

Léon : Je dirais toutes les émotions que ça véhicule, que ce soit de la tristesse, de la joie…

Joël. : C'est une vision plus artistique.

Léon : Quand je joue avec des gens, quand j'écoute de la musique, quand je compose, toutes les émotions, tous les frissons que ça apporte. Quand tu n'es pas bien, quand tu es un peu dépressif, et que tu écoutes un titre que tu adores, ça te remet tout de suite sur pattes. C'est ça qui est incroyable dans la musique.

J'aime beaucoup jouer avec le corps. Quand je joue, j'ai des frissons, j'ai un truc qui se passe, je sais tout de suite que c'est incroyable. C'est surtout ça le côté pur de la musique qui arrive à nous toucher de manière émotionnelle.

Joël : Ce qui est super intéressant aussi, c'est qu'il y a tellement de styles de musique différents. Il y a du rock, du jazz, du classique, du metal mais il y a aussi toutes sortes de musiques latines qui est incroyable : la samba, la bossa nova. Il y a tellement de styles musicaux qui apportent chacun une émotion différente, indescriptible. La bossa nova avec son harmonie magnifique et son calme, la samba avec ces rythmes syncopés, le jazz, c'est la liberté, l’improvisation. Le rock, c'est la puissance…

Léon : Le rock, c'est l'énergie, c'est la puissance, c'est l’engagement, la rébellion. Le metal, c'est plus le spirituel, la dévotion.

Joël : C'est comme si c'était différentes formes d’art.

Léon : La musique, c'est l'art le plus pur que tu puisses faire, qui peut toucher la grâce. Alors que le cinéma a un côté très humain, qui mélange plein de trucs très complexes.

Joël : Le cinéma utilise la musique, qu’est-ce qu'il vous faut de plus ? (Rires)

Si un jour on rencontre une civilisation extraterrestre, une civilisation très éloignée de la nôtre, j'aimerais savoir si pour eux aussi il existe un équivalent à la musique. Peut-être qu'ils n'auraient pas d'oreille, peut-être qu'ils ne pouraient pas écouter de la même façon que nous. Au-delà du côté un peu subjectif de la musique, il peut y avoir des questions objectives qui peuvent être posées. Qu’est-ce qu'un rythme ? Qu’est-ce que la mélodie ? Comment on la décompose, etc. C'est quelque chose de très intéressant. Je me demande vraiment s'il y a quelque chose d'universel autour de la musique à ce niveau-là. Par exemple, certaines tribus africaines qui ont développé des rythmes ternaires…

Léon : On t’a perdu, là ? (Rires)

Joël : Je veux dire qu’il y a quelque chose d'universel dans la musique et en même temps, il y a quelque chose de propre à chacun. On découvre la musique tous de la même façon, on utilise douze notes, pourquoi pas plus ? Pourquoi pas moins ? La musique a ce côté universel et ce côté qui fait que dans chaque culture, c'est un peu différent.

Quelle est la question qu'on ne vous pose jamais en interview et que vous aimeriez qu'on vous pose ?

Léon : Le journaliste a hyper bien compris ce que tu voulais dire dans tes paroles…

Joël : … et pose la question la plus précise du monde !

Julien : Il te parle d’un truc auquel tu n’avais même pas pensé !

Léon : Et pas juste la question : "vous préférez la plage ou la montagne ?" (Rires)

Julien : J'aime bien cette question : "tu préfères le rouge ou le vert ?"

Joël : Dans l'un de vos morceaux, vous faites du 7 temps. Qu’est-ce qui vous a poussé à faire du 7 temps ? (Rires)

Julien : C'est vrai que notre dernière interview, ce n'était que des questions sur Rock en Seine et des questions un peu bateau.

Léon : C’est normal, c’était lié à Rock en Seine. Mais c'est vrai que les questions un peu plus précises, des questions sur le groupe…

Joël : Cela peut donner de l'identité au groupe. Je trouve que les questions posées dans cette interview étaient déjà mieux que celles-là.

Léon : On va rien dire sinon cela sera retenu contre nous. (Rires)

Crédits photos : Thomy Keat (retrouvez toute la série sur Taste Of Indie)

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