Suite à la sortie de son album One Day Creatures, nous avons rencontré Gilles Yvanez sur ses terres montpelliéraines afin de découvrir qui se cache derrière ce très bel album de folk de ce début d’année 2026.

Pourrais-tu nous parler un peu de toi, nous dire d’où tu viens, comment tu en es arrivé à devenir musicien pour nous proposer au final ce premier disque ?

Gilles Yvanez : Je viens d’ici, d’un petit village au nord de Montpellier. A la base, la première chose que j’ai pratiquée très assidument, c’est le dessin et la peinture. Je pensais même en faire mon métier. A l’adolescence, mon meilleur pote s’est mis à faire de la guitare et j’ai décidé de m’y mettre aussi. J’ai chopé très vite le virus et plus tard au lycée, on ne la lâchait plus. Arrivé à la vingtaine, j’ai fait des études d’Histoire de l’Art puis je suis parti faire une école de musique qui s’appelle l’IMFP pour apprendre la théorie musicale. Plus tard, je me suis perfectionné au conservatoire à Perpignan.

J’ai pas mal bougé aussi puisque je suis parti à Paris, à Montréal puis trois ans et demi à Bruxelles. Là-bas, j’ai participé à des projets musicaux passionnants parfois un peu obscurs aussi et j’ai vu aussi beaucoup de concerts. Je suis ensuite revenu dans le sud et j’ai intégré des projets musicaux locaux comme Poussin, Volin ou Tristen qui est le dernier groupe avec lequel j’ai joué avant le COVID. Le virus a été fatal à plusieurs de mes groupes. Je me suis posé beaucoup de questions comme pas mal de musiciens, à savoir surtout comment gagner ma vie. J’en ai profité pour travailler l’écriture des chansons. J’ai commencé à écrire l’album One Day Creatures après le Covid. Ma première fille est née aussi durant cette période et pendant mes premiers pas de père, je me suis lancé dans l’écriture de chansons en anglais, qui n’est pas ma langue maternelle.

J’ai alors décidé de suivre une formation sur le logiciel de musique Protools à Paris pour acquérir des bases en informatique musicale. Un ami, Florian Vincent, est ingénieur du son (il travaille entre autres avec le groupe IAROSS). Il m’a aiguillé dans l’univers complexe de la MAO (musique assistée par ordinateur). J’ai alors commencé à maquetter mes morceaux. J’ai rapidement eu besoin de trouver leur voix. Florian m’a mis en contact avec Julien Rivière qui est le chanteur de l’album. Il avait l’impression qu’on pouvait matcher musicalement. On a fait des essais puis des sessions au bord du Lez (fleuve qui passe à Montpellier) en contre bas de ma maison. Le guitare-voix a très vite fonctionné. Je lui donnais les morceaux, chantais les mélodies puis il faisait un gros boulot d’adaptation. J’ai ensuite remixé tous mes morceaux et j’envoyais le résultat à Flo, l’ingénieur du son. Il me donnait des conseils et j’adaptais, je modifiais des trucs. Tout cela a duré très longtemps car je crois que je suis hyper perfectionniste.

Tout cela a pris combien de temps au final entre le tout début et la sortie du disque ?

Gilles Yvanez : A peu près deux ans et demi pour l’écriture, un an de plus pour la formation, la prise en main du logiciel et la rencontre avec le chanteur. En tout, un peu moins de 4 ans.

Comment as-tu choisi le nom de cet album, One Day Creatures ?

Gilles Yvanez : C’est la photo du disque qui m’a donné l’inspiration pour le nom. Cette photo a été prise par un photographe qui s’appelle Jeremy Chaussignand. Il voyage beaucoup aux USA, notamment dans les grands parcs américains. Cette photo vient d’un de ces parcs, Yellowstone ou Yosemite, je ne sais plus. Il poste des photos sur Facebook et celle-ci m’avait interpelé. En voyant cet animal, je me suis demandé quelle perception il avait du temps, de notre passage sur terre. A-t-il d’autres objectifs que la reproduction, la survie ? Nous, les êtres humains, avons besoins d’objectifs pour donner du sens. J’avais la sensation que chez les animaux, la vie pouvait s’apparenter à une journée. Que pour eux la vie dure une journée. J’avais l’impression que 15 jours ou quarante ans, cela ne faisait pas de différence. C’est peut-être complètement faux d’ailleurs mais, c’est l’idée qui m’est venue. "Les créatures d’un jour", c’était le bon titre car quelque part, nous aussi sommes des créatures d’un jour. J’aime bien ce rapport à l’éphémère dans les chansons aussi.

Alors toi, du coup tu es multi-instrumentiste ?

Gilles Yvanez : A la base, je suis surtout guitariste.

Mais sur l’album, il y a de nombreux instruments ?

Gilles Yvanez : Oui , il y a plusieurs instruments dont notamment des synthés. On trouve du Mellotron, du Prophet et un peu de Moog. Il y a aussi pas mal d’instruments logiciels. Le Mellotron m’a principalement servi à jouer des sections de cordes, des violons, des flûtes, des voix, plein d’instruments en fait. Il y a aussi un peu de piano. J’ai la chance d’avoir une bonne connaissance de l’harmonie mais je n’ai pas une dextérité de pianiste. J’ai fait des chœurs, j’ai bidouillé des sons avec des pédales d’effets.

Du coup, tu continues à bosser avec les autres groupes ou tu t’investis dans ton projet solo ?

Gilles Yvanez : Je me rends compte que ce qui m’intéresse vraiment maintenant, c’est l’écriture. Mon temps disponible est consacré à mes projets seulement.

Tu pourrais écrire pour d’autres alors ?

Gilles Yvanez : Oui j’aimerai beaucoup. J’aimerai aussi faire de la musique à l’image. Des musiques de films, de courts-métrages ou autres. Il faut d’abord se faire connaître, composer vraiment dans cette optique pour développer tout ça. Ça fait partie de mes objectifs, écrire des pièces de musique instrumentales courtes. Mais bon, pour l’instant, ce qui me fait kiffer, c’est écrire des chansons, arranger et jouer des parties de guitare, trouver un univers, quelque chose d’assez évident, d’assez simple mais à la fois avec de la profondeur.

Et pour la production, c’est compliqué de faire un disque aujourd’hui ? Ton disque est autoproduit ?

Gilles Yvanez : C’est compliqué, oui mais je t’avoue que j’avais envie de le faire aussi tout seul pour ne pas être frustré car je sais vraiment ce que je veux. J’ai aimé prendre le temps de l’apprentissage. J’ai parfois du mal à faire des concessions et travailler seul m’a permis d’assumer mes convictions et mes choix. Ça me va très bien au final.

Quelles sont tes inspirations musicales ? Les choses que tu écoutes, qui te plaisent ?

Gilles Yvanez : J’écoute beaucoup de musiques différentes : classique, électro, chanson française. J’écoute quand même majoritairement des chanteur / chanteuses anglophones. Pour la chanson française, je suis un gros fan de Bertrand Belin. Il a ce côté songwriter à l’américaine que j’aime beaucoup. Il a un rapport à la folk et à l’écriture qui me parle. J’adore sa façon de mélanger les synthés aux timbres acoustiques.

Ton univers, à travers ton dernier disque est quand même beaucoup plus folk que Bertrand Belin ?

Gilles Yvanez : En termes de référence, on me parle beaucoup de Nick Drake que j’ai, évidemment beaucoup écouté. On parlait des créatures d’un jour tout à l’heure et bien tu vois, lui, il n’est pas resté très longtemps. Assez pour sortir trois albums dont deux que j’adore, qui sont de vrais chefs d’oeuvre.

Pour l’instant, il n’y a qu’un clip sur ce disque, tu peux nous en dire un peu plus dessus ?

Gilles Yvanez : C’est une copine graphiste qui s’appelle Anabelle Yolle qui fait le clip de "Counter". Quand je faisais écouter mes titres, c’est le morceau qui touchait le plus de personnes. C’est aussi un des premiers morceaux que j’avais écrit. Anabelle a travaillé avec moi sur ce clip car j’adore son univers, sa sophistication toute simple… J’aime beaucoup le côté psychédélique de ce clip, il plairait peut-être à Connan Mockasin ! Le clip d’Annabelle accompagne super bien le voyage de "Counter".

Sur le disque, il y a un titre instrumental et les autres qui sont chantés, pas par toi. Tu connaissais le chanteur ?

Gilles Yvanez : J’avais entendu un truc super qu’il avait posté pendant le COVID mais c’est surtout mon ami ingénieur son, Flo qui me l’a présenté.

Pourquoi écrire en anglais du coup et pas en français ?

Gilles Yvanez : J’avais commencé "Counter" en français mais je n’arrivais pas à trouver la musicalité que je voulais. Le français m’obligeait à amener la musique vers lui. Moi j’avais envie du contraire, que la langue aille vers la musique. D’où le choix de l’anglais.

Je t’avoue que de mon côté, j’ai une préférence pour les albums chantés en français ! Tu comptes t’y mettre, en français, avec toi comme chanteur ?

Gilles Yvanez : Moi qui chante ? Ben oui, je vais essayer je pense. Dans l’idée de faire tout, tout seul, ça passe forcément par le fait que je chante. Après est-ce que je suis un chanteur ? Non ! Il va falloir que je le devienne et ça peut être un challenge, donc je vais tenter le truc.

Avant de sortir l’album, je pensais qu’il allait être très confidentiel. J’étais déjà dans l’optique d’un prochain album et j’avais déjà écrit une dizaine de chansons avec l’intention d’aller vers autre chose. J’ai arrêté car j’ai eu pas mal de bons retours sur le disque. En ce moment, j’ai plus un boulot d’attaché de presse que de musicien. Je suis momentanément un peu sorti de la musique et j’ai hâte de m’y remettre. Chanter pour moi, c’est un peu se mettre à nu. Avec le français, j’ai l’impression de mettre en place une double nudité. La suite sera donc plutôt en anglais !

Il est prévu une sortie de l’album en vinyle, ce qui est une bonne nouvelle pour les fans de ce support ?

Gilles Yvanez : Oui, un vinyle devrait arriver bientôt, il est en précommande sur Bandcamp. C’est un petit tirage, dans l’idée toujours de l’auto-production

Des concerts sont prévus pour cet album ?

Gilles Yvanez : Pas pour cet album. Par contre, je pense le prochain album pour le live. L’idée me réjouis !

Et pour finir, ce prochain projet est pour quand alors ?

Gilles Yvanez : J’ai des chansons un peu à l’os encore, j’ai quelques textes aussi. Le problème, c’est que je mets beaucoup de temps pour écrire et je ne sais pas combien de temps il me faudra. J’aimerais aller plus vite d’autant que je maîtrise mieux les outils maintenant. Je sais par contre vers quoi je souhaite aller et puis j’ai démystifié le processus, écrire, enregistrer, mixer. Je ne suis pas encore un expert de tout ça mais j’irai plus vite, c’est sûr. Pour l’instant, je me réjouis du mini buzz que j’ai fait avec mon disque, en espérant qu’il trouve sa voie.

Merci ne nous avoir consacré un peu de ton temps libre, c’était bien sympathique de te rencontrer pour en connaître un peu plus sur toi et ta musique.