J’ai découvert l’auteure nigériane Oyinkan Braithwaite en 2019 avec son ouvrage Ma sœur, serial killeuse, son premier roman qui avait connu un succès mondial avec une traduction dans 34 pays et une adaptation cinéma en cours. Je l’ai retrouvée avec grand plaisir en 2023 avec un nouvel ouvrage L’une ou l’autre qui m’avait aussi beaucoup plu.
C’est donc tout naturellement que son nouvel ouvrage, Filles maudites, est arrivé entre mes mains, quelques semaines avant sa sortie, toujours publié par les éditions La Croisée, qui continuent de publier les auteures qui ont débuté l’aventure avec eux.
L’histoire se déroule de nouveau au Nigéria autour d’une jeune femme, Eniiyi, originaire de Lagos qui a grandi dans la peur d’être la réincarnation de Monife, sa tante enterrée le jour de sa naissance. Depuis, sa vie a été marquée par des ressemblances troublantes avec cette disparue, dont le fantôme flotte dans les conversations familiales. Lorsque Eniiyi rencontre le garçon qui pourrait la faire chavirer, elle doit affronter ses craintes, le regard des aînées, et les secrets d’une lignée que l’on dit maudite.
L’ouvrage que nous propose l’auteure africaine est donc un roman noir familial nimbé de réalisme magique, nous emportant dans le parcours de deux femmes, marquées du sceau des superstitions et des carcans spirituels et familiaux qu’il est compliqué de mettre de côté pour s’en émanciper. On y retrouve les codes du roman noir au cœur d’une ville de Lagos, fidèle à elle-même, une mégapole bouillonnante surpeuplée.
Les sujets, souvent douloureux, sont traités dans l’ouvrage avec une grande finesse que cela soit l’amour, les oppositions et rivalités entre les femmes où la place de la religion dans la société et la vie de ces femmes. L’ouvrage nous montre comment en Afrique plusieurs générations peuvent cohabiter et vivre ensemble, ce qui est beaucoup moins fréquent chez nous.
En croisant les regards (l’ouvrage alterne les récits des différents protagonistes) et les époques (associées aux différents personnages), l’ouvrage nous plonge au cœur de cette société nigériane, de ses ethnies, ici les Yoruba et les Igbo pour nous faire réfléchir sur les liens familiaux, les secrets de famille et les superstitions dans un mélange d’émotions et d’amour qui fonctionnent parfaitement. Une fois encore, l’auteure nigériane nous épate avec cet ouvrage qui se trouve dans la lignée de ses précédents, un ouvrage avec un style, beaucoup d’humour et une grosse pointe de suspense qui accroche rapidement le lecteur. Pari réussi au final !
