Spectacle de Hugues Duquesne et Larry Benzaken, Création musicale de Franck Lebon avec Larry Benzaken & Robin Lebon.
Sur la scène, il y a d'un côté, un micro, une loge, un paravent et, de l'autre, une batterie, un ensemble de percussions et divers instruments.
Dans l'ambiance tamisée propre au music-hall, Larry Benzaken (acteur) et Franck Lebon (instrumentiste) vont raconter l'histoire extraordinaire du premier noir américain à devenir une immense vedette qui aura franchi le mur aussi visible qu'invisible qui séparait les races.
A simplement consulter les étapes de sa carrière, la vie de Sammy Davis, enfant de la balle ultra-doué, est une série de succès, presque sans fausses notes, vers la gloire. Un destin à l'américaine...Mais en apparence. Car rien n'a été facile pour le petit garçon participant au numéro de son père et de son oncle dès l'âge de trois ou quatre ans.
Larry Benzaquen raconte Sammy à la première personne. Il résume sa vie pleine des hauts connus et des bas qu'il met en évidence. Rien n'a été facile pour un artiste-né qui avait un talent exceptionnel... mais une peau d'une couleur mal venue dans l'Amérique des années trente, et pas encore très bien venue dans celle des années quarante et cinquante...
Larry raconte Sammy sans jouer le mimétisme. Et cela marche : il est costaud et ne chante pas d'une voix de velours. Mais il EST Sammy le petit noir chétif au nez cassé. Il l'incarne dans ses doutes, ses écorchures et ses émerveillements.
Le parti-pris de Larry Benzaken et de Hugues Duquesne, son metteur en scène, dans ce qu'ils appellent une "odyssée musicale", n'a pas été de faire connaître le "vrai" Sammy Davis Jr avec les nombreuses vidéos de l'artiste ou avec ses centaines d'enregistrement. Ce n'est pas un spectacle musical mais du théâtre avec en contrepoint une création musicale de Franck Lebon, interprétée et parfois improvisée par l'excellent Robin Lebon, multi-instrumentiste et véritable partenaire du narrateur.
De Sammy Davis Jr, on ne découvrira qu'un portrait projeté in fine sur le paravent supposé être dans la loge de l'artiste.
Mais l'essentiel est ailleurs : d'une voix douce, feutrée, modulée selon ses récits entre mélancolie et colère, tristesse et bonheur évanouis, Larry Benzaken égrène une vie riche pleine d'anecdotes qui ont marqué la route de l'artiste.
Ses amis, ses amours, ses combats... La vie de Sammy Davis est une vie intense et tumultueuse. En résumé, beaucoup d'amour et d'amitié pour contrecarrer la bêtise raciste.
Comme par hasard, il aura reçu un coup de pouce d'un italo-américain, Frank Sinatra, et d'Eddie Cantor qui l'impose dans son show-télé. Grâce à Cantor, il découvrira le Dieu d'Israël et se convertira au judaïsme, donnant une des meilleurs séquences du spectacle.
Tout ce qui est dit résonne fort aujourd'hui. Le final est fort. Peut-être que dans la litanie des combattants de la cause noire, les auteurs auraient pu citer des écrivains comme James Baldwin, Chester Himes et Toni Morrison, sans oublier les athlètes qui ont levé le poing aux JO de Mexico ... et évidemment Joséphine Baker et Angela Davis...
Un spectacle qui aura le mérite de faire connaître un personnage qu'il ne faut pas oublier et à qui Larry Benzaken redonne tout son éclat.
