Réalisé par Saeed Roustaee. Drame. 2h11. Sortie le 25 février 2026 avec Parinaz Isadyar, Payman Moodi, Soha Niasti, Maziar Seyedi, Fereshteh Saadr Orafaee, Hassan Pourshirazi.

Avec son quatrième film, Saeed Roustaee poursuit son sans faute. Ce n'est pas le cas de son distributeur qui affuble le film d'un titre en anglais et donne une version anglaise d'un nom persan qui, en français, serait Saïd Rousti. Ce fait, indépendant de la volonté de l'auteur, ne l'aidera hélas pas à gagner de la visibilité pour un spectateur qui avait vu "Leila et se frères" (2022) et "La Loi de Téhéran" (2019). Dommage aussi à ceux qui se laisseront influencés par le choix du jury cannois qui a palmedoré "Un simple accident" de Jafar Panahi et ignore "Woman and Child".

Face à la fable poussive et prévisible de Panahi, le film de Roustaee qui, comme les précédents, est une étude clinique de la société iranienne qui met en avant le rôle des femmes et montre ici comme dans "Leïla et ses frères" pourquoi elles sont si combattives face à un patriarcat tout-puissant alors qu'il représente des mâles veules et lâches.

Dans "Woman and Child", Mahnaz est une infirmière de quarante ans, mère de deux enfants, qui souhaite se remarier pour leur assurer la stabilité qui leur manque, particulièrement à son aîné. Mais son projet de mariage avec Hamid, l'ambulancier, va tourner court, le quadragénaire joli cœur lui préférant sa sœur cadette...

Poussée à bout par des circonstances qu'il faut laisser au spectateur le soin de découvrir, Mahnaz n'aura de cesse de se venger des hommes qu'elle estime, légitimement, responsable de ses malheurs. Les choses vont s'imbriquer de manière implacable. Dans tous ses films, Roustaee, qui en est aussi le scénariste, met un soin extrême à bâtir une histoire à rebondissements où chaque pièce posée entraîne la pose de la suivante. C'est à chaque fois de la belle ouvrage et les milieux choisis sont explorés avec minutie. Que les mollahs aient eu envie d'emprisonner le cinéaste n'étonnera pas : sans avoir l'air de mettre les pieds dans le plat, il accumule les critiques contre une société où règne la corruption, les petits arrangements, le mensonge généralisé et permet aux hommes de l'emporter sans coup férir sur les femmes.

Peut-être qu'à la vue de "Woman and Child", le système hospitalier iranien, tout au moins en ce qui concerne la gestion des ambulances, sera réformé...

Le film vaut évidemment pour l'interprétation de Parinaz Isadyar, une des actrices fétiches du réalisateur. Elle est magistrale en mère éplorée et en justicière sans limites.

Comme d'habitude, tous les acteurs et les actrices ont quelque chose à défendre. Quel que soit la forme que prend le cinéma iranien, il bénéficie d'une pléiade de comédiens remarquables. Incidemment, les spectateurs aux prises avec le système de santé français pourront comparer avec l'hôpital iranien. Si comparaison ne vaut pas raison, et qu'il est évident que l'hôpital où travaille Mahnaz est possiblement à un établissement pilote, l'hôpital de Téhéran montré vaut largement ses homologues français. La description très critique de la société iranienne de Saeed Roustaee montre paradoxalement que le régime a su développer une médecine au service de son peuple... et si les femmes sont si courageuses, c'est qu'elles ont obtenu, avant un retour en arrière récent, un haut niveau d'éducation.

C'est aussi ça à quoi peut servir le cinéma : en savoir plus sur des pays en pleine actualité et pouvoir se faire une opinion personnelle. "Woman and Child" de Saeed Roustaee n'est pas qu'une réussite cinématographique, c'est aussi une plongée dans l'Iran contradictoire d'aujourd'hui.