Spectacle écrit par Jean Giraudoux, mis en scène par Edouard Dossetto avec Tatiana André, Ghina Daou, Edouard Dossetto, Gaspard Baumhauer, Leslie Gruel, Marie Benati, Adam Karotchi, Guillaume Villiers Moriamé, Majd Mastoura et Rémi Couturier.
C'est Andromaque qui ouvre la séance dans le bureau où les Troyens, autour du grand bureau ovale, tiennent leur réunion de crise. Il y a là Hector et Pâris qui a ravit Hélène, la femme de Ménélas, aux Grecs. Dans ce moment de tension extrême, Ulysse, l'envoyé des Grecs, doit arriver pour négocier.
On avait apprécié le "Caligula" qu'il avait co-mis en scène avec Bruno Dairou, Edouard Dossetto dépoussière à son tour la pièce de Jean Giraudoux écrite dans l'entre-deux-guerres en 1935, qui prend ici des allures de suspens moderne, et se sert de ses connaissances de la diplomatie internationale (où il a travaillé) pour en actualiser complètement la trame, trouvant le bon dosage entre une version décalée et à la fois respectueuse du texte.
Il y ajoute quelques idées pertinentes comme la voix de Cassandre sous la forme d'une intelligence artificielle qui intervient à tout moment. Le metteur en scène fait également appel à la vidéo pour intégrer l'apparition de personnages en visio (François Clavier est particulièrement convaincant en Priam).
L'ensemble a belle allure et captive jusqu'au bout. Tous les interprètes se fondent dans cette transposition. Leslie Gruel, épatante, est une fière et forte Andromaque. Edouard Dossetto, un remarquable Hector. Tandis que Marie Benati joue une Hélène éthérée et complexe dont les intentions restent floues.
Adam Mastouri et Madj Mastoura (Pâris et Ulysse) apportent tous deux, dans les personnages de Oiax et Demokos, des respirations comiques bienvenues. Tous les comédiens sont au diapason et rendent passionnante cette exploration des motivations qui tiennent en équilibre guerre et paix dans un contexte de poudrière.
Cette version du Collectif Nuit Orange est assurément une réussite dans la modernisation de cette langue pas évidente (sans la dénaturer d'aucune façon) et donne à voir avec beaucoup d'à-propos un texte qui n'a pas vieilli et interroge sur les mécanismes qui poussent au conflit ainsi que la stratégie pour en laisser prendre la responsabilité.
Un sujet qu'on ne peut difficilement faire plus actuel et une démonstration totalement aboutie.
A ne pas manquer.
