Texte écrit par Jean Zay, mis en scène par Michel Cochet avec Xavier Béja.
Jean Zay commence ses cahiers dès son enfermement en décembre 1940. Il y consigne avec une précision d'orfèvre et une belle sensibilité toutes ses observations et toutes ses réflexions.
Condamné par le régime de Vichy en raison de son passé d'homme politique (il a été pendant 3 ans le ministre de l'éducation nationale et des beaux arts du front populaire) mais surtout de sa confession juive, il est d'abord enfermé dans le sud où il apprend qu'il va être transféré en Guyane.
Mais le plus terrible est qu'il est déporté sans limite de durée. Au lieu de sombrer, il utilise cette captivité pour écrire et faire un travail introspectif avec une attention de tous les instants à ce qui l'entoure.
Totalement habité par son personnage, Xavier Béja, tantôt hagard ou désespéré, incarne avec maestria un homme exalté et entier dont la sincérité criante ainsi que la volonté farouche de ne pas sombrer touchent indéniablement.
La voix tantôt nasillarde ou caverneuse, il est ce grand homme qui a fait en quelques années de grandes réalisations (les trois degrés d’enseignement, la prolongation de l’obligation scolaire à quatorze ans, la reconnaissance de l’apprentissage, le CNRS, le festival de Cannes...)
Tiré de son journal de captivité "Souvenirs et solitude" dont il a fait avec "Jean Zay, l'homme complet" une brillante adaptation, Xavier Béja est impressionnant de maîtrise et de force intérieure pour rendre palpable toutes les émotions de son personnage.
La mise en scène de toute beauté de Michel Cochet rend avec une belle sobriété (seuls une petite table et une chaise occupent la scène ainsi que la projection de quelques rares images d'archives) toute la grandeur et la dignité de cet homme extraordinaire.
Un spectacle indispensable pour éveiller les consciences et faire connaître ce grand homme méconnu d'une immense humanité.
