"Si tout le reste périssait et que lui demeurât, je continuerais d'exister ; mais si tout le reste demeurait et que lui fût anéanti, l'univers me deviendrait complètement étranger, je n'aurais plus l'air d'en faire partie"
Brat (2024), son disque précédent avait marqué un tournant autant pour Charli XCX que pour l’esthétique hyperpop (et son époque au sens large), oeuvre totale (musique, mode, mockumentaire, réseaux sociaux…) et majeure d’une musique synthétique, XXL, souvent et ouvertement excessive, accrocheuse, faisant le pari d’un grand écart entre avant-garde (avec une réelle expérimentation) et grand public.
"On the hillside shadows chase the dawn, your name is carved where the wild winds have gone".
C’est donc avec une certaine surprise (pondérée puisqu’on sait que la chanteuse est audacieuse, et ses envies de plus en plus importantes de cinéma) que nous retrouvons Charli XCX dans ce disque composé pour le film Hurlevent d’Emerald Fennell, adaptation (simplifiée (édulcorée) et semble-t-il pas forcément convaincante) des Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, l’un des plus grands romans d’amour.
"L'amour et la violence".
Un disque qui se veut "brut, sauvage, sexuel, gothique, britannique, torturé" et clairement l’ambiance n’est plus la même : plus crépusculaire que fluorée, le magnifique et sombre "House" avec John Cale donnant le ton du disque.
"Can I speak to you privately for a moment ? I just want to explain, explain the circumstances I find myself in, what and who I really am, I'm a prisoner, to live for eternity…"
Cette bande originale, réalisée avec Finn Keane (qui avait également coproduit Brat), avec la participation de John Cale (comme représentation du personnage de la vieille domestique Nellie Dean ?) et Sky Ferreira s’appuie donc sur la narration du film d’Emerald Fennell, le noir sera forcément la couleur et on y retrouvera toutes les palettes de l’amour (total, cruel, fou) avec par exemple "Wall of Sound", "Chains of Love", "Dying for you", "Seeing Things".
La radicalité (toute relative) d’House ne représente pas non plus l’intégralité du disque. Charli XCX fait magistralement de la pop et cela perdure, mais si les couleurs changent, l’axe des tensions change également, sans pour autant perdre en puissance mélodique. Cette noirceur c’est comme un poison (inoculé volontairement par la chanteuse comme un échappatoire à Brat) qui envahit chaque chanson.
"Put my flesh upon the cross until I scream"
Disque magnifique, magnétique, majeur (qui existe clairement indépendamment du film), incroyablement maîtrisé (musique, paroles, arrangements…) d’une artiste qui devient absolument incontournable.
