Eli Cranor est de retour, un an après le très bon Chien des Ozarks dont nous avions dit le plus grand bien à l’époque.
Salué par des auteurs dont la réputation n’est plus à faire comme David Joy ou S.A. Cosby, Eli Cranor est capable au détour de ses mots de faire varier les émotions du lecteur, du rire aux larmes avec aisance. Son dernier ouvrage, A la chaîne, en est la preuve flagrante.
L’histoire se déroule à Springdale dans l’Arkansas. Gabriela et Edwin, tous deux d'origine mexicaine, travaillent depuis sept ans à la chaîne dans une usine de poulets, à quelques kilomètres du parc de caravanes où ils vivent.
Espérant mettre assez d'argent de côté pour un jour partir ailleurs, ils supportent tant bien que mal leurs conditions de travail inhumaines et leurs salaires de misère. Le jour où le directeur de leur usine, Luke Jackson, renvoie Edwin sans ménagement ni réel motif, ce dernier est bien décidé à ne pas se laisser faire. Quitte à s'en prendre à Luke et à sa femme, Mimi, jeune mère au foyer. S'il veut seulement obtenir réparation et que justice lui soit rendue, les événements vont cependant très vite lui échapper. C'est le début d'une spirale infernale pour les deux couples qui, de façon impitoyable, vont être mis face à leurs responsabilités.
Encore une fois, Eli Cranor nous propose un roman noir et social de grande qualité autour d’un couple d’ouvriers qui va se retrouver dans une spirale de violence. Sans ménager un suspense qui fonctionne parfaitement au fil des pages, l’ouvrage permet de brasser des thèmes nombreux d’actualité comme la lutte des classes, l’injustice et le racisme. L’ouvrage dévie alors vers une sorte de thriller psychologique, tout en restant très proche des codes du roman noir aussi et cela convient parfaitement.
Chien des Ozark était un très bon livre, l’impression qui se dégage de ce second ouvrage de l’auteur semble encore meilleure avec un livre qui paraît être encore plus abouti, mieux construit, notamment autour des personnages féminins de l’ouvrage.
L’auteur parvient par son écriture à mettre en place une ambiance oppressante que le lecteur ressent rapidement, à nous dépeindre une société malade du capitalisme sauvage qui détruit des vies, tout cela avec un réalisme saisissant.
Une fois rentré dans ce livre, vous ne devriez pas mettre beaucoup de temps pour en sortir tant on meurt d’envie d’en connaître la fin.
