Spectacle d'après le roman de Nastassja Martin, adapté par Sandrine Raynal et Constance Dollé, mis en scène par Sandrine Raynal avec Constance Dollé, Camille Grandville, Miglen Mirtchev.

Nastassja Martin est une jeune anthropologue, spécialiste des peuples autochtones des zones proches du pôle nord.

Après l'Alaska, c'est au Kamchatka, en Sibérie, où elle est allée étudier les Erènes.

Lors d'une promenade solitaire en forêt, elle s'est retrouvée face à face avec un plantigrade. Pas le temps de reprendre ses esprits, l'animal, qui a sans doute aussi peur qu'elle, lui a, en à peine quelques secondes d'extrême proximité, fracassé la mâchoire et ses griffes ont lacéré une jambe.

De cette confrontation improbable, qui lui a valu des mois de soins et de rééducation, d'abord en Russie puis en France, Nastassja Martin a tiré un récit sur ces quelques instants qui ont à tout jamais transformé son existence.

C'est à partit de ce récit, "Croire aux fauves", que Constance Dollé et sa metteuse en scène Sandrine Raynal, ont conçu un spectacle qui a gardé le titre du livre.

Mais dans un climat de tension qu'elles ont su faire ressentir à leurs publics, naît une réflexion qui ne se contente pas de paraphraser un texte par ailleurs aussi puissant que saisissant. Dans une pénombre presque constante, d'où émergent seulement le visage presque effaré d'une femme qui se dédouble.

Constance Dollé est à la fois l'anthropologue qui se raconte et l'actrice qui rentre peu à peu dans une autre peau, tout en se devant de rester suffisamment lucide pour ne pas dépasser la limite. Son métier est d'aller au plus loin dans le mimétisme avec le personnage qu'elle incarne. Mais attention, ce qu'elle va faire croire aux spectateurs, elle ne doit pas le croire totalement elle-même...

Pourtant tout est fait dans la mise en scène de Sandrine Raynal pour qu'elle s'y perde. Le jeu sur l'ombre et la lumière d'Alexis Boyer, l'ambiance sonore et musicale à la fois feutrée et expressive d'Alexandre Carlotti, tout contribue à un climat fantastique qui tient en haleine à toutes les stations de la reconstruction de Nastassja-Constance. Le texte de l'anthropologue mêlé à la parole digressive de l'actrice en train de l'incarner n'est pas sans rappeler la précision de celui de Cynthia Fleury dans "La Fin du courage".

Epaulée solidement par Camille Grandville et Miglen Mirtchev, Constance Dollé sait doser ses fragilités pour que, à petits pas, son personnage sorte plus forte d'une épreuve inouïe. Dans sa brillante carrière, "Croire aux fauves" comptera comme une étape majeure. Il ne faut pas la rater.

Un spectacle précis et précieux à voir absolument.