Une des excellentes nouvelles de ce début d’année 2026 est la sortie du nouvel album de Cyril Mokaiesh, un artiste que l’on aime particulièrement chez Froggy’s Delight.
C’est déjà son huitième album qu’il nous propose, trois ans après un album de reprises de Moustaki. L’auteur du titre "Communiste" de ce début nous émerveille depuis bien longtemps avec ses nombreux albums que l’on a chroniqués sur le site, Clôture en 2017, Paris-Beyrouth en 2020 et l’excellent Dyade, constitué de duos avec des artistes comme Alma Forrer, Dominique A, Keren Ann ou Florent Marchet.
Il nous propose en ce début d’année un magnifique album, au titre sans ambiguïté sur l’ambiance du disque intitulé Bonne chance pour la suite ! Autant vous dire qu’on imagine à la lecture du titre qu’on risque de retrouver dans les textes de l’artiste ses sentiments sur son rapport au monde qui l’entoure, ponctué de doutes et de colères. On connaît l’artiste engagé dans ses textes, celui qui réflechit et pose un œil acéré sur ce qui l’entoure. C’était déjà le cas avec "Communiste" et "La loi du marché" en duo avec Bernard Lavilliers.
On ne se retrouve pas surpris en entendant les premiers mots de l’artiste nous disant "je fais de mieux en mieux un métier que j’aime de moins en moins", phrase reprise d’un propos de Vincent Lindon. Alors, évidemment, à la lecture de cette phrase, issue du titre qui ouvre l’album "Regarder passer les trains", on prend rapidement peur de voir ce titre, plus parlé que chanté, nous embarqué vers un album constitué d’une litanie de critiques ou de complaintes ne correspondant pas à l’engagement sincère et réfléchi de l’artiste.
Il n’en est rien ! Les titres qui suivent sont superbes, magnifiquement écrit et produit avec l’aide de Romain Humeau, autre artiste qu’on aime bien chez Froggy’s Delight notamment avec son groupe Eiffel. L’apport de Romain Humeau est particulièrement visible dans la musique avec des titres plus rock, plus péchus ! C’était une rencontre évidente, avec le recul, que celle de ses deux artistes qui, au final, ont des univers qui ne pouvaient que se rencontrer pour proposer de belles choses.
Une fois encore, au-delà des musiques faites de piano, de guitares, d’orchestrations organiques et de musiques électro, la grande qualité de l’album tient ce qu’il dit, ce qu’il nous raconte. Une fois encore, les textes sont soignés, précis et intelligents et ils nous parlent. Les mots percutent et nous touchent, l’esprit critique intelligent est bien présent et il est vrai que le devenir de notre monde, les perspectives que l’on peut avoir de font que nourrir les critiques à son encontre.
Les 12 titres proposés sur l’album varient le doux-amer, c’est encore une fois quelque chose que Cyril Mokaeish maîtrise bien. Le monde ne va pas bien certes, l’homme y est pour beaucoup mais tout n’est pas noir et l’artiste trouve les mots sur certains titres pour maintenir l’espoir.
Certes, le titre qui ouvre l’album, sorte de réquisitoire chanté-parlé sur notre époque n’invite pas à l’optimisme mais cela n’empêche pas de nous prévenir que l’"on a (encore) besoin d’amour" avec un titre très beau.
"Approximatif" s’en prend aux faiseurs d’histoire, aux distillateurs d’idées et d’opinions, aux médias qui parlent pour ne rien dire. On retrouve deux titres écrits avec un ami, un certain Raphaël, dont un titre écrit pour son fils qui arrive déjà dans l’âge adulte, qui témoigne d’une belle complicité père-fils.
Il est compliqué de dégager un titre plus qu’un autre tant l’album est constitué d’un ensemble de titres de grande qualité. Maintenant, un titre comme "Ecrire" témoigne particulièrement de la qualité de la prose de l’artiste, qui renvoie à celle d’Anne Sylvestre.
Alors voilà, une fois encore, on ne peut que s’incliner devant le talent de cet artiste à qui nous n’avons pas peur de lui souhaiter ce qu’il a choisi comme titre pour son album, sans aucune ironie bien sûr. On ne saurait expliquer que ce dernier ne rencontre pas le succès qu’il mérite, depuis bien trop longtemps déjà, à la vue de ce qu’il nous propose et de ce qu’il nous raconte.
