Réalisé par Caroline Deruas Peano. Drame. 1h29. Sortie le 11 février 2026 avec Lena Garrel, Louisa Aura, Emmanuelle Béart, Vahina Giocante, Gérard Watkins, Adama Diop.
Le début du film de Caroline Deruas Peano, "Les Immortelles" est trompeur. Il plonge le spectateur dans la vie heureuse de deux adolescentes sudistes. Lycéennes inséparables, Charlotte et Lisa sont passionnées de musique et écrivent des chansons. L'avenir est à elles. Elles sont gentilles, sympathiques et ce qu'elles chantent est prometteur. Après "L'Indomptée" (2017), film non dénué de qualités mais un peu connivent puisqu'il s'inspirait du séjour de la jeune réalisatrice à la Villa Médicis, Caroline Deruas Peano tient un bon sujet, un petit peu désuet quelque part, pas loin de l'esprit du Jacques Demy des "Demoiselles de Rochefort", avec quelques beaux morceaux musicaux frais et juvéniles.
Franchement, personne ne lui aurait reproché si elle s'était contenté de conter la montée des deux filles à Paris, leurs aventures pour finalement s'imposer. Alors quand l'impensable survient, c'est un choc qui prouve que la cinéaste avait su rendre attachants ses personnages. Désormais, il faudra parler de Lisa au passé, ne plus la voir que comme un fantôme trop présent pour que Charlotte vive "normalement" une existence sans sa jumelle de cœur.
Tuer quelqu'un qu'on a tous adopté, a fortiori quelqu'un de jeune, c'est prendre un grand risque. Bergman, le premier, avait tenté le coup avec "Monika", sous-titrée "Elle n'a dansé qu'un été". C'est l'un des films du maître suédois qui reste le plus en mémoire...
Ici, Caroline Deruas Peano aggrave son cas quand sa mère, jouée avec émotion par Vahina Giocante, demande à Charlotte si sa fille a eu un "petit ami"... Elle fait bien de mentir, la survivante du binôme. "L'horreur d'être vierge" prend un autre sens que chez le poète et cela ne rend pas heureux le spectateur qui n'est pas consolé comme la maman éplorée puisqu'il sait, lui...
Comment peut-on surmonter la mort de son enfant ? La question est triviale et sa réponse hélas n'a qu'une issue. Et comment un père ou une mère qui ont perdu un enfant peuvent-ils rester dans une salle où ils revivent le drame qui les a frappés injustement ? Caroline Deruas Peano s'est sans doute posée la question. Elle penche pour une "immortalité" visible... Les morts sont des fantômes qui accompagnent de leur bienveillance ceux qu'ils ont aimés et qui les aiment toujours. Les deux rétroagissent pour que l'amour soit plus fort que la mort... Il faudrait créer un état spécial, l'amort, pour que tout le monde puisse, comme Charlotte, ne pas arrêter sa vie parce que sa moitié n'est plus. La seconde partie du film évoque la reconstruction de Charlotte, comment elle va malgré tout revivre, découvrir une voie qu'elle aurait peut-être fini par prendre avec Lisa...
Le film fait la part belle aux chansons composées et interprétées par les deux adolescentes. Elles respirent des années lycée qui paraîtront datées à certains. Tant pis pour eux, ils passent à côté d'un film intemporel qui croit dur comme ferme que le temps du Grand Meaulnes et de Rimbaud n'est pas révolu, que les filles à l'ère Me Too rêvent encore à leur prof de gym. "Les Immortelles" de Caroline Deruas Peano est un hymne aux cœurs purs. Emmanuelle Béart y retrouve un vrai rôle pendant que Lena Garrel et Louisa Aura forment un couple inoubliable.
Un film qui appartient à une veine buissonnière du cinéma français Les critiques officiels et les historiens du cinéma n'en font généralement pas beaucoup de cas. C'est dommage, car ceux qui découvriront "Les Immortelles" apprécieront son originalité et sa liberté de ton, loin des produits habituels trop calibrés et trop calculés.
