Décidément, le metal italien – et plus particulièrement le courant doom – se porte à merveille. Après l’excellent album de Messa, véritable album référence de l’année passée, voici que Ponte del Diavolo, originaire de Turin, enfonce le clou avec ce nouvel album, son deuxième.

Dès les premières minutes, le ton est donné : riffs massifs, atmosphère malsaine, et un chant qui oscille constamment entre voix claire incantatoire, hurlements possédés et grognements. Les Italiens misent clairement sur la performance de leur chanteuse Elena Carnusso (alias Erba del Diavolo), dont l’interprétation apporte une dimension presque romantique à une musique profondément sombre et parfois agressive.

"Every Tongue Has Its Horns" ouvre le disque dans une atmosphère de sorcellerie sonore aux accents très metal, flirtant même avec le black dans ses rythmiques. L’enchaînement avec "Lunga vita alla Necrosi" accélère encore nettement le tempo, porté par un chant totalement habité, presque possédé. "Spirit, Blood, Poison, Fermenti !" poursuit dans cette veine, maintenant un climat poisseux et oppressant qui ne laisse aucun répit.

Avec "Il veleno della natura", le groupe surprend. Basse et synthés prennent le dessus dans une ambiance post-punk / gothique, prouvant l’étendue de la palette musicale du quintet. Le morceau lui même évolue sans cesse, empruntant des chemins plus sinueux tout en conservant une cohérence remarquable.

"Delta 9" est un doom lent, écrasant, aux relents très old-school. Pendant plus de huit minutes, l’auditeur est littéralement aspiré par des riffs hypnotiques et une profonde lourdeur. Le titre, hommage à la substance psychoactive la plus connue du cannabis ? Le mystère reste entier, mais l’effet est là.

Là où le précédent album se concluait par une reprise de Nick Cave, Ponte del Diavolo choisit cette fois Bauhaus avec "In the Flat Field". Une version directe, étonnamment metal, notamment grâce à une batterie martiale et un chant légèrement siouxsie-esque.

La grande force de cet album réside dans sa cohérence globale. Aucun morceau ne cherche à s’extraire du cadre. Les titres s’enchaînent portés par une section rythmique implacable et par des guitares capables aussi bien d’écraser que d’hypnotiser.

En mélangeant la pesanteur du doom old-school, un brouillard de guitares hérité du black metal et des touches gothiques, voire new wave et électroniques, Ponte del Diavolo fait le choix de se libérer des étiquettes. Un mélange audacieux mais parfaitement maîtrisé, qui donne naissance à un album dense, sombre et terriblement captivant.