Réalisé par Hasan Hasi. Drame. 1h42. Sortie le 4 février 2026 avec Baneen Ahmad Nayyef, Sajad Mohamad Qasem, Waheed Thabet Khreibat.
Au dernier festival de Cannes, "Le Gâteau du président" a reçu la Caméra d'Or récompensant un premier film présenté dans l'une des différentes sections.
Sauf exceptions (Jim Jarmush récompensé pour "Stranger than paradise", par exemple), ce n'est ni la garantie d'une future grande carrière ni même d'un film qui soit vraiment remarquable.
En proposant un conte moderne, tourné au pays où se passent les Mille et une nuits et qui met en vedette une petite fille attachante et volontaire, Hasan Hadi pouvait se contenter de reconstituer l'Irak sous le "règne" de Saddam Hussein.
Il fait beaucoup mieux. S'inscrivant dans une veine inaugurée par l'Iranien Abbas Kiarostami et poursuivie par Jafar Panahi, il délègue son regard aux enfants qui doivent se débrouiller dans un monde d'adultes. Ils ne jugent jamais mais réagissent quand les adultes les manipulent ou leur veulent du mal. Ici, Lamia, venue du lointain delta de l'Euphrate, arrive en ville avec son coq et sa grand-mère. Elle a été choisie dans son école pour rassembler les ingrédients nécessaires à la confection d' un gâteau qui sera offert au président bien aimé à l'occasion de son anniversaire...
Pour compliquer son entreprise périlleuse, car les œufs et la farine sont rares dans un pays sous embargo, elle fera face au monde sans pitié des adultes. Hasan Hadi ne se sert pas de sa jeune héroïne pour tirer des larmes et susciter une émotion facile. Elle encaisse mais parvient toujours à rebondir sans perdre de vue sa haute mission pâtissière. Comme chez Dickens, au fil des péripéties, elle traverse le pire mais peut aussi croiser le meilleur. Tout cela dans un monde où les policiers ont la tête de Saddam Hussein, où les indices de la dictature sont partout et nulle part, où l'on peut presque trouver cet univers plus courtelinesque qu'ubuesque. Avant que la réalité survienne sous forme d'une vidéo officielle où le jovial président moustachu coupe son gâteau d'anniversaire. Evidemment pas celui de Lamia qui aura un bien meilleur devenir que le monument de crème fouettée offert à feu le dictateur.
"Le gâteau du Président" d'Hasan Hadi, comme il se doit, est une boucle. Ce qui s'est passé pendant cent minutes n'était peut-être qu'un rêve (ou un cauchemar enfantin ?).
Histoire de garder en mémoire les très beaux plans nocturnes des habitants de l'embouchure du Tigre et de l'Euphrate, filmés sur leurs grandes barques bougeant doucement et faiblement éclairées par des espèces de lampions. Un ravissement qui suffit à parier que Hasan Hadi ne se reposera pas sur sa caméra dorée.
