Spectacle de Olivier Mellor d'après la pièce de Stefano Massini (traduite par Pietro Pizzuni), mis en scène par Olivier Mellor, François Decayeux, Séverin Toskano Jeanniard avec Marie Laure Boggio, Delphine Chatelin, Marie-Béatrice Dardenne, Valérie Decobert, Karine Dedeurwaerder, Aurélie Longuein, Valentine Loquet, Sophie Matel, Elsie Mencaraglia, Emmanuelle Monteil, Fanny Soler.
Elues pour les 200 autres ouvrières de Picard et Roche, une entreprise textile, elles représentent le Comité d'usine. L'entreprise vient d'être rachetée. Le porte-parole du comité, Blanche, la plus ancienne, est avec la direction depuis plus de 3 heures et elles l'attendent.
Comme pour la plupart de ses spectacles, Olivier Mellor propose une distribution foisonnante. Et pour une fois, il ne s'agit que de femmes. Avec "7 minutes (Comité d'usine)", Olivier Mellor et la Compagnie du Berger proposent un vrai travail de troupe dans le sens le plus noble du terme, où le collectif est mis à l'honneur.
C'est la pièce de l'italien Stefano Massini (traduite par Pietro Pizzuni), inspirée de la lutte des ouvrières de l'usine Lejaby en 2010, qu'Olivier Mellor et la Compagnie du Berger défendent : une pièce chorale pour 11 comédiennes.
Comme à l'habitude, les musiciens jouent en direct mais pour une fois, ils sont invisibles, seules les femmes étant sur scènes. Quant à eux, installés derrière le décor, ils sont le poumon qui donne le souffle sur une composition brillante de Séverin Toskano Jeanniard aux accents jazz défendue par François Decayeux, Séverin Toskano Jeanniard, Olivier Mellor et Louis Noble.
La scénographie, conçue collectivement par le même quatuor, est sobre mais ingénieuse : un mur fait de cartons empilés et un cercle lumineux qui surplombe la scène, au dessus des deux barres de néons. Toute l'action se passe dans la salle de pause où les femmes sont réunies. Il y a les ouvrières et deux employées avec lesquelles tranparaissent quelques rivalités.
Bientôt Blanche revient et leur révèle le marché proposé par la nouvelle direction : garder leur emploi mais renoncer à 7 minutes sur leur pause-déjeuner quotidienne. Elles ont deux heures pour se concerter, voter et donner une réponse commune.
Comme dans "7 hommes en colère", Stefano Massini décrit une réflexion collective, un débat où chacun défend ses arguments. Avant que, grâce à Blanche, qui aura beaucoup de mal à leur expliquer, elles ne comprennent que ce qui se joue dépasse le cadre strict de leur cas personnel et de l'usine mais soit une étape marquante pour le monde ouvrier à ne pas négliger.
Le suspens monte crescendo dans ce huis-clos tendu du début à la fin et soutenu par une équipe incroyable d'une écoute constante qui parvient à transmettre les multiples émotions qui traversent ces femmes et leur évolution à chacune dans une pièce palpitante décrivant l'individualisme qui gangrène un groupe.
Il ne tient ici qu'à la pugnacité d'une seule ouvrière (Karine Dedeurwaerder, fabuleuse) de faire douter et convaincre les indécises pour faire (peut-être) triompher le collectif.
Un passionnant portrait de groupe et de femmes porté par des comédiennes magnifiques.
