"Dans les mystères de mon cœur de cristal
La lumière brille encore plus que l'orage
Tendre et rêveur
Naïf de cœur"
Que représente Sébastien Tellier en 2026 ? Plus grand-chose. Un personnage qui n’a cessé d’évoluer et de grandir, suivant quelque part une ligne droite mais faite de détours. En réalité, Sébastien Tellier n’a pas tant changé que cela (comme il le dit : "La barbe, pour le côté mystérieux, les cheveux longs pour le côté féminin, les lunettes noires pour le côté sophistiqué"), il a juste vieilli (qu’il l’assume ou pas) et nous avec (que nous l’assumions ou pas). Mais l’artiste intéresse moins (plus) depuis quelques années. Depuis L’Aventura, disque qui date quand même de 2014.
Le gros problème de Tellier aura été de louper l’enchaînement avec le génial Sexuality (2008) qui marquait déjà une rupture après L’incroyable vérité (2001) et Politics (2004). My God is blue (2012) sera donc le premier véritable revers du musicien (trop parti dans ses délires, et on ne dira pas merci à Mr. Flash qui réalisera, mal, le disque) même si l’on pourra sauver quelques titres ("Pépito bleu", "The colour of your mind", "Cochon ville" ou "Russian Attractions"). Que reste-t-il de l’Alliance Bleue ? Pas grand-chose.
Oublions, Confection (2013) qui arrivera l’année suivante, faux nouveau disque (à la base, il aurait dû être la musique du film Confession d’un enfant du siècle de Sylvie Verheyde), et qui n’a aucun intérêt. Donc depuis L’Aventura, magnifique disque sur le Brésil et l’enfance, avec Arthur Verocai au générique, Sébastien Tellier ne sera plus que la parodie de lui-même (Dita Von Teese (2018) ou l’affreux (euphémisme) Domesticated (2020)). Son bonheur on ira le chercher ailleurs, quand il travaille pour le cinéma par exemple (Marie et les naufragés de Sebastien Betbeder (2016) ou Libre de Mélanie Laurent). Tellier et le cinéma une liaison qui fonctionne plutôt bien : "I’m looking for a band today, I see the Chivers anyway, Through my eyes".
Ce disque sonne donc, presque comme un miracle. Tellier pose sur la pochette avec des lunettes de soleil, et déjà c’est un signe, n’oublions pas lunettes de soleil = sophistication. Un miracle car oui, sa musique redevient intéressante, touchante, pertinente. Et une renaissance. "Bye bye" Record Makers, bonjour Because. L’incroyable vérité, Kiss the beast même combat !
Disque du sensible (concept de ce disque pour celui qui n’aura fait que des disques conceptuels : sur le sexe, la politique, la religion, l’enfance, le quotidien), Kiss the beast est un disque à deux faces. Une dualité entre "Mouton" et "Loup", une face dirigée vers le Dancefloor ("Refresh", "Thrill of the night" avec Nile Rodgers et Slayyyter, "Amnesia" avec Kid Cudi, "Copycat"), l’autre plus intime ("Naïf de cœur", "Parfum diamant", "Mouton", "Animale", "Loup", "Un dimanche en famille"). Le tout avec ce sens de la mélodie et une belle mise en son (notamment par SebastiAn, Oscar Holter ou Victor Le Masne ("Romantic")).
"Je sais pas où je va" dans la bonne direction en tout cas.
Le terme baroque vient du portugais barroco qui signifie perle irrégulière, voilà qui convient parfaitement au nouveau disque de Sébastien Tellier.
