Spectacle écrit par Julien Delpech et Alexandre Foulon, mis en scène par Charlotte Matzneff assistée de Manoulia Jeanne avec Marina Pangos, Eric Chantelauze, Thierry Pietra, Thibault Pinson, Elodie Colin, Mehdi Bourayou.

En 1933 à Paris, Joseph Kessel est alors un journaliste et un auteur célèbre. Il partage sa vie avec Katia et sont accompagnés du neveu de Joseph, Maurice, dont le père, Lazare, a mis fin a ses jours et laissé une lettre demandant à son frère de veiller sur lui.

Un soir, alors qu'ils dînent au cabaret de son ami Darrier, Joseph entend la chanteuse en vogue, Germaine Sablon et tombe immédiatement sous son charme.

Katia, pensant qu'il s'agit d'une aventure sans lendemain, lui donne sa bénédiction mais quand celui-ci ne revient pas, elle comprend qu'elle risque de le perdre... Joseph Kessel dit "Jef" vivra en effet une romance passionnée avec Germaine Sablon.

Bientôt la guerre éclate et quand plus tard, Pétain sera le chef de l'Etat français de Vichy, Jef rejoindra son ami Darrier dans la résistance et se lancera dans diverses missions. Avant qu'on ne lui confie l'écriture (pour lequel il appellera son neveu à la rescousse) de l'hymne de la résistance, destiné à souder le peuple dans l'adversité, qui sera diffusé de la radio de Londres : Le Chant des partisans.

Avec "Le Chant des lions", Julien Delpech et Alexandre Foulon ont écrit un texte très pertinent sur la période de la première moitié du vingtième siècle et de la seconde guerre, qu'il rendent palpitante. Suivant le personnage de Joseph Kessel et son amour tumultueux avec Germaine Sablon, ils proposent une vaste fresque ayant pour toile de fond Paris des années 30 puis la France occupée.

La mise en scène virevoltante et époustouflante de Charlotte Matzneff avance au rythme d'un coeur qui bat. Elle utilise au mieux l'espace pour faire circuler les personnages autour de la scénographie sublime d'Antoine Milian, éclairée avec finesse par Moïse Hill et truffe son spectacle d'inventivité (on a ainsi un clin d'oeil à la machine à écrire de Jerry Lewis lorsque Joseph écrit). Tout est précis et sensible.

Les comédiens, dans une belle osmose, défendent avec coeur ce spectacle. Marina Pangos (Germaine Sablon) est éblouissante et chante divinement bien. Elodie Colin, impériale, est aussi drôle que bouleversante. Eric Chantelauze est un Kessel fantasque et feu follet. Il parvient à restituer l'âme slave du journaliste ainsi que son penchant pour la bouteille.

Dans divers rôles, Thierry Pietra est formidable et toujours juste. Mehdi Bourayou, outre la musique et le bruitage en direct (qui apporte un vrai plus au spectacle) fait plusieurs apparitions très cocasses. Enfin, Thibault Pinson est un Maurice Druon écorché-vif absolument déchirant.

"Le Chant des lions" porté par cette distribution irréprochable est d'une émotion et d'une force qui montent crescendo pour étreindre véritablement le coeur du spectateur. Il est un témoignage éloquent de ce que pouvait vouloir dire le mot courage. Il montre de vrais héros, prêts à risquer leur vie pour la liberté face à la tyrannie.

De la belle ouvrage et un spectacle d'une actualité brûlante à ne surtout pas manquer pour se souvenir.