Voilà un disque dans lequel on n’entrera pas avec ses gros sabots. C’est plutôt l’exact inverse, on l’abordera sur la pointe des pieds, un peu intrigué, un peu désappointé, pas forcément charmé au départ. Mais le temps fait son affaire et petit à petit ce disque s’apprivoise, se découvre, et termine par nous envoûter.
Ce Tragic Magic est une histoire de rencontres. Entre deux papesses de la scène ambient : Julianna Barwick et Mary Lattimore, et puis celle du moderne et de l’ancien. En effet, ce disque a été enregistré lors d'une résidence à la Philharmonie de Paris, avec une conception moderne de l’écriture musicale, des instruments électroniques et acoustiques, surtout des instruments rares issus du musée de la Musique (synthétiseurs Jupiter 8 et Prophet 5, vocoder VC10, une harpe Jacob Hochbrücker datant de 1728, une Érard de 1799 et une autre de 1873) qui donnent une couleur forcément particulière à cette musique et font un lien entre passé et modernité.
Les morceaux se construisent, dans une véritable recherche du sonore, dans une façon de sculpter les atmosphères, entre liés et piqués sur des boucles synthétiques, des nappes vocales et les arabesques de la harpe. Les différents éléments se superposant comme une sorte de mille-feuilles. Onirique souvent, mystérieux parfois, dans tous les cas une véritable sérénité se dégage de ce Tragic Magic.
