Spectacle écrit par Barbara Lamballais et Karina Testa, mis en scène par Barbara Lamballais avec Jeanne Arènes, Clotilde Daniault, Maud Forget, Déborah Grall, Karina Testa, Céline Toutain, Julien Urrutia.
Les comédiennes sont dans la salle et démarrent sur les chapeaux de roues le spectacle pour recréer la date du 5 avril 1971 à Paris.
Ce jour-là, c'est l'assemblée générale exceptionnelle des femmes fêtant la parution du manifeste "Je me suis fait avorter" signé par 343 femmes dont pas mal de célébrités (de Simone de Beauvoir à Jeanne Moreau en passant par Françoise Sagan) dans Le Nouvel Observateur. Ce manifeste marquera un tournant dans la lutte pour les droits des femmes, et notamment et notamment l'I.V.G (interruption volontaire de grossesse) qui sera dépénalisée par la loi Veil en 1975.
Mais "Le Procès d'une vie" revient surtout sur le procès de Bobigny en 1972 d'une jeune fille de 16 ans, Marie-Claire, de sa mère et de la "faiseuse d'ange" pour un avortement illégal. Ce procès fera date par la détermination des protagonistes entraînées et défendues avec brio par Gisèle Halimi.
La pièce, écrite par Barbara Lamballais et Karina Testa, s'appuyant sur les faits réels remonte le fil des événements, montrant merveilleusement le contexte et les mentalités de l'époque. Les superbes costumes de Marion Rebman et la scénographie légère d'Antoine Milian confèrent à l'ensemble une réelle beauté.
Et la mise en scène de Barbara Lamballais est d'une grâce et d'une délicatesse remarquables : les transitions sont fines et d'une vraie efficacité, les superpositions de scènes judicieuses et le rythme impulsé permet au spectateur d'être en permanence avec les personnages et au plus proche de leurs convictions, leurs doutes ou leurs hésitations.
Les changements à vue en fond de scène derrière des vitres teintées accentuent la tension et gardent cette ambiance intime que le spectacle propose. L'ensemble file à grande vitesse.
Mais tout ça ne marcherait pas sans une distribution éblouissante : Jeanne Arènes (cocasse), Clotilde Daniault (impressionnante), Maud Forget (bouleversante), Deborah Grall (puissante), Karina Testa (touchante), Céline Toutain (juste) et Julien Urrutia (incroyable), dirigés au cordeau par Barbara Lamballais jouent avec une cohésion poignante.
Toute cette équipe donne à ce spectacle choral empreint de solidarité la meilleure des victoires pour ce portait de la lutte des femmes pour le droit à disposer de leur corps. Et la magnifique mise en valeur de la plaidoirie éclatante de Gisèle Halimi.
Une formidable réussite !
