C’est la rentrée littéraire aussi aux éditions Christian Bourgeois que je prends plaisir à redécouvrir. Parmi leurs nouvelles publications se trouve le nouvel ouvrage de Christian Domenach, auteur né à Chamonix, qui a vécu dans plusieurs endroits du monde, travaillant dans le domaine de l’écologie.

Le dernier roi de Marettimo est son troisième ouvrage, après avoir rencontré un beau succès avec ses deux précédents. Avec ce dernier ouvrage, il nous propose une traversée du 20ème siècle et une histoire d’amitié bouleversante entre la Sicile et la France.

Nous sommes en Sicile, quelques années après la Première Guerre mondiale. Lorenzino Ferazzio et Cesare Scaduto sont les meilleurs amis du monde. Ils se voient tous les étés, lorsque la famille de Zino quitte Genes pour la petite île de Marettimo. L’un vient d’une famille d’industriels du nord de l’Italie, l’autre est fils de pécheur. Mais une amitié indéfectible s’est nouée entre les deux garçons le jour où un dignitaire local les a initiés aux règles du jeu d’échecs. Dès lors, pas un jour d’été ne passe sans que Zino et Cesare se retrouvent pour de longues parties. Leur passion pour le jeu est dévorante, et leurs ambitions sont grandes. Jusqu’à ce que Zino, en 1938, se trouve mêlé à une affaire de contrebande qui l’oblige à quitter précipitamment l’Italie.

Cesare ne se doute pas que son ami reviendra seulement 50 ans plus tard. Car en arrivant à Lyon, Lorenzino devenu Laurent, est bientôt happé par la guerre et l’occupation. Dans un cercle d’échecs, il rencontre Albert Fignon, fils d’industriel qui le met en contact avec un réseau de la résistance. Laurent part alors dans le maquis, sur le plateau des Glières. Après l’attaque de la Wehrmacht et des forces de Vichy en mars 1944, il est déporté à Mathausen. Il survit à l’enfer des camps, mais après son retour à Lyon, il est incapable de reprendre pied dans la vie ordinaire, malgré le commencement d’une nouvelle carrière et un beau mariage. Rien n’efface le sentiment de vide et de honte qui l’habite. Quand un drame se noue autour d’Albert, Laurent doit bientôt prendre une décision cruciale. Celle-là même qu’il confiera des années plus tard de retour à Marettimo à Cesare, son ami de toujours.

Un ouvrage qui manie la petite histoire avec la grande ne pouvait que me plaire. C’est le cas donc avec cet ouvrage qui porte en plus sur une période historique qui m’intéresse particulièrement. La Seconde Guerre mondiale, le nazisme, les camps et le régime de Vichy ont laissé de nombreuses et douloureuses séquelles aux populations qui l’ont vécue. L’histoire de cet ouvrage et de ses personnages en sont la preuve.

Il se dégage de cette lecture beaucoup de sentiments qui porte sur une réflexion sur de nombreux thèmes que l’auteur aborde à travers une très belle écriture. L’amitié bien sûr, au cœur de cet ouvrage, mais aussi le deuil et la famille. Il est question du pardon aussi, nécessaire pour toute réconciliation.

L’écriture est d’une belle délicatesse, laissant s’exprimer ces sentiments qui vont toucher le lecteur tout au long de l’ouvrage. C’est une très belle histoire qui nous est proposée par Grégoire Domenach, sur le passé douloureux d’une époque pas si lointaine.