"Avec ma gueule de métèque, de juif errant, de pâtre grec et mes cheveux aux quatre vents..."
Une énorme fête dans un tableau du peintre Montas Antoine. "Tu sens monter l'effet du bonbon sur ta langue, sans contrôler la pulse et le son tu trembles, tu sens monter le vodou au-delà des papilles, Et tu te vois danser au bal des vies, des morts".
Voilà à quoi fait penser au départ ("Cérémonie du piment piment") le nouvel et troisième album d’Oriane Lacaille et JereM Boucris aka Bonbon Vodou. Et puis, on se rend compte que derrière le sucre et le piment, le groove, le soleil, le mélange de créolité, de gascon, des bords de la méditerranée ("Quelque part entre Dahomé, Mafate, Tunis et le périf") et de chanson française se cache un disque profondément engagé et militant.
Hymne au métissage musical, instrumental et humain, il l’est également à ces hommes et femmes fuyant la misère, les persécutions et les guerres.
Sur ce bateau qui tangue aux rythmes des tambours et du cœur, le duo formé par Oriane Lacaille ((fille de l’accordéoniste René Lacaille au chant, batterie, kayamb, roulèr, percussions, flûtes pygmées) et JereM Boucris (chant, guitare, cigar box, ukulélé) avec Roland Seilhes (chant, saxophones, clarinette, flûte), Juliette Minvielle (chant, tuntun, guimbarde, pandeiro) fille du grand André Minvielle et Yann-Lou Bertrand (chant, basse, flûte, trompette, kass kass).
Et puis des invités de marque comme Bernard Lavilliers ("Les mains d’or" où les ouvriers et les coupeurs de canne à sucre sont frères), Rosemary Standley ("L’absence", "Mélancolie"), René Lacaille, Mouss et Hakim Amokrane ("Fais bouger ton boule"), Djé Baleti ("Testostérone"). Rythmé, poétique, lumineux, mais tranchant, porté par une énergie, par des "tambours sucrés", Epopée Métèque est unique.
Alors on bouge nos boules, mais l’esprit ouvert, le cœur serré et le poing levé.
