Avoir de nouveau un ouvrage édité par les éditions Playlist Society est toujours un futur petit bonheur de lecture. Quel que soit le sujet traité, on est toujours certains de découvrir des choses sur des artistes que l’on connaît ou que l’on ne connaît pas.

Alors ici, la perspective d’en savoir un peu plus sur Bong Joon Ho me plaisait particulièrement du fait que je connais ce réalisateur pour avoir vu nombre de ses films, en appréciant certains tout en étant resté plus mesuré sur d’autres. Autant je dois avouer que Parasite fut pour moi un très bon moment de cinéma, autant son dernier film Mickey 17 fut loin de m’enchanter.

J’étais donc curieux de me plonger dans l’ouvrage d’Erwan Desbois, qui a déjà ecrit plusieurs ouvrages chez Playlist Society.

Avec Parasite, Bong Joon-ho a écrit une page d’histoire en devenant le premier cinéaste coréen à gagner la Palme d’or du festival de Cannes, puis lauréat des Oscars – entre autres celui du meilleur film, récompense inédite pour une œuvre tournée dans une langue autre que l’anglais. Ce triomphe a entériné la place de Bong Joon-ho comme l’un des chefs de file de la nouvelle génération de réalisateurs coréens.

Tout en tutoyant les sommets, Bong Joon-ho ne quitte pas des yeux les abîmes et ceux qui y sont relégués. Du polar Memories of Murder au film de monstre The Host, en passant par ses productions internationales Snowpiercer et Mickey 17, chacun de ses films décrit crûment un monde où les démunis sont laminés par le système économique. Dans cette vision désespérée de la société, héritée de l’histoire sanglante de la Corée et des années de dictature, les issues positives sont des chimères et le chaos règne en maître.

L’ouvrage s’ouvre sur une introduction éclairante du cinéaste autour de son pays, de son histoire tourmentée et de son cinéma atypique. Il se prolonge ensuite autour de trois grandes parties, se concluant autour de son dernier film, Mickey 17.

L’ouvrage nous propose comme d’habitude une analyse fine et pertinente de ce réalisateur coréen nous montrant comment l’histoire de son pays est la clé de voûte de son travail cinématographique. On comprend parfaitement la dimension sociale et politique de ses films que cela soit dans le scenario ou les décors de ses films.

Moi qui suis passionné par l’histoire, je ne pouvais pas ne pas apprécier la dimension historique de l’analyse de ce réalisateur autour de l’histoire de la Corée. Cette histoire mouvementée, c’est rien de le dire, ses conséquences sur la société coréenne et sur son cinéma rendent la lecture de cet ouvrage particulièrement intéressante à mes yeux.

Une fois encore, la volonté de vulgariser cet auteur, son travail et son activisme pas forcément connus du grand public, au travers de cet essai fonctionnent parfaitement. Les propos sont pertinents et la construction de l’analyse aussi. La contextualisation des films est particulièrement importante et intéressante pour nous donner des repères d’analyse des films. Une fois encore, on sort de cet ouvrage en comprenant mieux le travail de ce réalisateur (comment la société coréenne, ses problèmes, ses inégalités sont au cœur de sa réflexion) et on a de nouveau terriblement envie de voir ou revoir ses films. Moi qui n’avais pas particulièrement apprécié Mickey 17, je me retrouve avec l’envie de le revoir de nouveau, une fois avoir lu cet ouvrage. Peut-être suis-je passé à coté d’un film bien meilleur que ma première impression.