Explosions de couleurs, énergie dansante au programme du nouvel album du Quatuor Miró, qui fête cette année ses 30 ans d’existence. Un disque consacré au compositeur argentin Alberto Ginastera (1916-1983) et à ses trois quatuors à cordes.

Composés en 1948, en 1958 et en 1973, ces quatuors couvrent l’ensemble des périodes créatives du compositeur, trois périodes : le "nationalisme objectif" puis le "nationalisme subjectif" à partir 1947 puis le "néo-expressionnisme" à partir du quatuor n°2 en 1958, qui tissera des liens entre modernité (sérialisme…) et musiques populaires avec une très grosse influence de Bélà Bartók et Igor Stravinsky et marquent une progression stylistique, "synthèse émouvante et originale des tendances de la musique contemporaine" (Suárez Urtubey).

Une progression stylistique qui trouvera son climax dans le quatuor n°3. Attention, le premier quatuor, où le compositeur suivant l’exemple de son professeur Aaron Copland intègre la musique populaire, n’est pas qu’une envolée dynamique, et le style, la force percussive, les ellipses harmoniques représentatives de Ginastera sont déjà présentes.

Le quatuor n°2 est un tourbillon d’expressions entre fureur et lyrisme avec un superbe Presto Magico, totalement dompté par le Quatuor Miró, clé de voûte de l’œuvre (et pourquoi pas de ses quatuors).

Le troisième quatuor, composé en 1973 est plus rêche de prime abord, mais son abstraction, son expressionisme est bouleversant. Il associe les cordes avec une soprano, Ginastera mettant en musique des poèmes de Rafael Alberti, Juan Ramón Jiménez et Federico García Lorca. Kiera Duffy y est toute en émotion et en dramaturgie.

Le tempérament de feu du Quatuor Miró convient parfaitement à la musique d’ Alberto Ginastera. Un disque plein d’une folle intensité mais jamais dénué de poésie dans les moments plus calmes.