"Everyone wants me to ride into the sun
But I ain't gonna go down
Laying low again, high on the sound"

Il y a quelque chose qui traverse l’œuvre, monumentale dans son nombre et dans ce qu’elle a d’importance pour la musique, et sûrement sans équivalent, de Brad Mehldau. Quelque chose qui dépasse ses qualités techniques, la cristallisation des formes que prennent sa musique, les esthétiques : c’est faire communion. Faire communion avec d’autres musiciens (Renée Fleming, Wayne Shorter, Charlie Haden, Joshua Redman, Jorge Rossy, Pat Metheny…), avec le public, et avec les idiomes musicaux propres au jazz, à la pop, à la musique classique.

Dans ce Ride into the sun, c’est avec Elliott Smith que le pianiste fait communion (il y intègre également des compositions personnelles et des reprises de Nick Drake ("Sunday") ou Big Star ("Thirteen")). Elliott Smith, cette sombre étoile filante, mort en 2003 à Los Angeles à l’âge de 34 ans, fragile chanteur inspiré du folk, chantre de la finesse, de la délicatesse, de la mélodie et des harmonies vocales. Artiste singulier, faisant naître à chaque chanson l’émotion, mais artiste aux fêlures (dépression, addictions) trop importantes pour y survivre.

Avec Daniel Rossen (Grizzly Bear), Chris Thile, le batteur Matt Chamberlain ou encore un orchestre de chambre, Brad Mehldau transforme la "mélancolie" d’Elliott Smith, qu’il avait déjà rencontré alors qu’il s’était installé à Los Angeles et que Smith jouait avec Fiona Apple ou Rufus Wainwright dans un club de la ville.

Si la musique de "Between The Bars" fait référence notamment aux barreaux d'une cellule de prison ce disque est une nouvelle fois une merveille d’ouverture, forcément, foncièrement, vers la lumière.

Brad Mehldau rend hommage à l’écriture d’Elliott Smith, où comme à son habitude, tout en élégance, il se fait subtile, tout en nuances. Et puis toujours cette clarté polyphonique, cet équilibre entre exigence et efficacité mélodique, cette justesse des arrangements et des orchestrations (rien que le basson dans "Everything means nothing to me"...), cette science du contrepoint. Magnifique.