Réalisé par Eric Cherrière. Aventure, historique. 1 heure 17 minutes. Sortie le 3 septembre 2025. Avec Saleh Bakri, Pascal Greggory, Edith Scob, Jena Thiam, Jérôme Le Banner, Stéphane Hénon, Jean-Claude Drouot, Richard Duval.

Eric Cherrière aura mis cinq ans pour que sorte son film Ni Dieux, ni maîtres, un long métrage qui n'atteint pas les 80 minutes avec un budget égal à trente secondes de Game of thrones pour conter une histoire qui, sur Netflix, serait la base d'une série de moult épisodes.

Alors, les esprits chagrins comme ceux qui aiment démolir les films fragiles, bâtis à l'arrache par des metteurs en scènes qui sont aussi écrivains et bien d'autres choses, s'en donneront à cœur joie avec ce petit-moment de simili Heroic Fantasy. Le réalisateur y reconstitue un Moyen-âge sombre et morbide où s'affrontent des paysans affamés, des lépreux, des chevaliers fin de race et un maure qui passe par là sur un cheval qui servira de dîner à la famille de la jeune et belle Laure qu'il sauve de ruffians en capuches crasseuses.

Mais le seigneur du coin, dans son château lugubre, ne souhaite pas que le fier musulman soit le premier à déflorer la jeune pucelle et va user de son droit de cuissage. Ce sera l'élément qui va déclencher le carnage, tout ça à la lumière marronâtre des torches jaunâtres.

Eric Charrière a une qualité rare : il croit dur comme fer à ce qu'il fait. Pas une once de second degré ni d'humour dans son récit. En plus, il sait faire partager ses croyances et son sérieux à ses acteurs. Pascal Greggory réussit une de ses meilleurs compositions en héros des croisades revenu de tout. Pas grave si ses compagnons se comptent encore sur les doigts de la main et si la "brute" est jouée naturellement par Jérôme Le Banner.

Eric Charrière aime tout de même les références puisque le grand-père de Laure usait jadis d'une fronde télévisuelle sous le nom de Thierry. Aux côtés de Jean-Claude Drouot, Edith Scob, une autre actrice mythique, celle des "Yeux sans visage" - disparue depuis - a troqué sa blondeur hermétique pour une chevelure blanche qui sied plus aux guérisseuses de l'an 1215.

Que les amateurs de cape et d'épée se rassurent : il y aura bien cliquetis d'armes blanches alors que le combattant arabe refusant de donner la mort, usera d'un bâton runique pour assommer ses adversaires. Dans le rôle, le comédien palestinien Saleh Bakri fait merveille. Pas de suspense : avec Jena Thiam, il formera un couple parfait pour traverser cet univers glauque. Si, un jour, Eric Cherrière refait un film, puisse-t-il les conduire dans un monde plus joyeux ou la chair sera moins triste.