Nous sommes habitués d’avoir tous les deux ans un nouvel ouvrage de la géniale Agnès Desarthe qui n’a de cesse de nous illuminer par ses écrits toujours de grande qualité. Après Le château des rentiers, sorti lors de l’été 2023, nous voilà maintenant en possession de L’oreille absolue, un superbe roman polyphonique dans lequel l’auteure s’amuse à nouer et dénouer les destins par le seul jeu de l’écriture.

Un petit garçon intenable rencontre un homme au bout du rouleau. Une femme retrouve son amant disparu. Un musicien prépare un concours avec un jeune prodige qui ne sait pas lire une note. Deux adolescents filent à moto sans casque. Ces personnages – et bien d’autres encore – semblent n’avoir aucun lien entre eux, si ce n’est que tous appartiennent à la même harmonie municipale. Mais une fillette timide promise à un brillant avenir les observe sans qu’ils le sachent. Elle comprend qu’un fil les relie tous et qu’un sort a suspendu pour un temps les drames individuels. Que ce fil vienne à rompre, et tous tomberont. La musique, alors, s’arrêtera.

On n’est jamais déçu par un ouvrage d’Agnès Desarthe qui brille pour nous questionner sur de nombreux sujets au travers de ses écrits toujours très subtils. Ses mots toujours bien choisis pour décrire une situation ou un sentiment sonnent toujours justes. Elle manie les joies et les tristesses avec intelligence. Elle a le don pour nous proposer des personnages qui nous parlent, qu’on a l’impression de connaître et qui peuvent aussi nous ressembler ou nous rassembler.

On sort de cette lecture une nouvelle fois émerveillé, convaincu que la littérature est un formidable moyen pour réveiller des sentiments, pour nous faire du bien aussi en si peu de pages (le livre fait un peu plus de 130 pages).

L’oreille absolue devrait être une des plus belles lectures de cette rentrée littéraire, rencontrant le succès qu’il mérite.