Cette année, le magnifique bandeau auréolant le prix Pulitzer se retrouve sur un ouvrage publié par les éditions de l’Olivier. Avec celui-ci, on se retrouve forcément tenter de le lire quand on sait que les précédents lauréats concernaient de formidables bouquins. Percival Everett, avec James, ne déroge pas à la règle des bons choix de ce prix qui, au final, sont de superbes découvertes pour les lecteurs.

Perceval Everett que je ne connaissais pas avant d’avoir son dernier livre entre les mains est pourtant l’auteur d’une vingtaine de romans et de plusieurs recueils de nouvelles, de poésie et d’essais. Son ouvrage, James, a connu un immense succès dans le monde entier et le voilà maintenant disponible chez nous, grâce aux éditions de l’Olivier.

"Ces gamins blancs, Huck et Tom, m’observaient. Ils imaginaient toujours des jeux dans lesquels j’étais soit le méchant soit une proie, mais à coup sûr leur jouet. [...] On gagne toujours à donner aux Blancs ce qu’ils veulent". C’est par ces mots que débute le début de l’ouvrage.

On connaît tous Les aventures d’Huckleberry Finn, l’ouvrage bien sûr de Mark Twain ou au travers de la série animée Tom Sawyer. Avec cet ouvrage, Percival Everett décide donc de s’emparer des aventures d’Huckleberry Finn en les racontant du point de vue de l’esclave noir (un certain James) qui l’accompagne dans sa fuite.

Qui est James ? Le jeune esclave illettré qui a fui la plantation ? Ou cet homme cultivé et plein d’humour qui se joue des Blancs ? Percival Everett transforme le personnage de Jim créé par Mark Twain, dans son roman Huckleberry Finn, en un héros inoubliable.

James prétend souvent ne rien savoir, ne rien comprendre ; en réalité, il maîtrise la langue et la pensée comme personne. Ce grand roman d’aventures, porté par les flots tourmentés du Mississippi, pose un regard incisif entièrement neuf sur la question du racisme. Mais James est surtout l’histoire déchirante d’un homme qui tente de choisir son destin.

C’est aussi un ouvrage écrit un siècle et demi après celui de Mark Twain, avec donc l’ajustement temporel que peut proposer la littérature, corrigeant les lieux communs concernant les esclaves qui ont perduré pendant très longtemps disparaissant au fil des recherches et analyses historiques faites sur l’esclavagisme.

Dans son ouvrage, James voue une passion à la lecture et l’écriture, ce qui n’empêchent pas les esclaves d’avoir leur propre langage entre eux pour laisser croire qu’ils demeurent peu éduqués et peu intelligents. A cette époque, la connaissance est un signe de pouvoir (ce qui l’est moins aujourd’hui tant on peut voir dans certains qui nous dirigent le peu de culture générale). Le langage apparaît ici autant comme un espace de liberté mais aussi comme une forme de résistance.

James est sûrement l’un des romans qu’il ne faut pas rater lors de cette rentrée littéraire tant il nous offre la possibilité de renverser nos connaissances sur l’histoire de l’esclavagisme. Il parvient à bien montrer la cruauté des esclavagistes blancs autant que leur stupidité. Sans tomber dans une forme de manichéisme inversée, Percival Everett manie avec brio la nuance pour bien expliquer les mécanismes du racisme, l’esclavagisme et les sentiments qui se dégagent du côté des oppresseurs et des opprimés.

C’est donc un livre exceptionnel que nous propose l’auteur, dans lequel l’ennui n’arrive jamais, touchant et drôle à la fois, autour de ce duo magnifique. Il nous permet aussi d’avoir de superbes descriptions de l’Amérique, de ses magnifiques paysages superbement décrits. Et c’est enfin un ouvrage d’une rare intelligence qui nous fait réfléchir sur le racisme, toujours au cœur de notre actualité, avec l’espoir que son éradication un jour ne pourra se faire que s’il est parfaitement analysé et décortiqué. Chapeau bas Monsieur Everett pour cet ouvrage incroyable qui mérite amplement le prix Pulitzer.