Réalisé par Pia Marais. Drame. 1h52. Sortie le 30 juillet 2025. Avec Helena Zengel, Jeremy Xido, Sérgio Sartorio.

Les vacances, c'est le temps du dépaysement. "Transamazonia" de Pia Marais mérite la palme du dépaysement.

Le titre de ce film singulier n'est pas mensonger : c'est au cœur de l'Amazonie en passe d'être traversée par une route qui va la malmener, voire la détruire, que la réalisatrice allemande embarque son spectateur dans une ambiance lourde de menaces, avec des personnages peu loquaces et plutôt border line.

Tout de suite, le nom de Werner Herzog vient aux lèvres . Sa figure tutélaire pourrait être dans chaque plan.

Pia Marais partage son goût pour la forêt tropicale, les peuples autochtones luttant contre les tronçonneuses et les pelleteuse "civilisatrices", tout cela dans une ambiance de d'extase mystique.

Tout commence dans l'enfer vert. Rebecca est seule parmi les décombres d'un avion. Cette jeune pré-adolescente est l'unique rescapée d'un crash aérien. Elle va, quelques jours plus tard, réapparaitre au monde. Miraculeusement. Seul le spectateur, subodore qu'elle a pu être aidée par les Indiens encore présents dans la forêt profonde.

Quelques années plus tard, Rebecca est devenue une adolescente, presque une jeune femme. Elle est restée dans la même région, avec son père, Lawrence Byrne, prêcheur qui s'occupe d'une église évangélique cherchant à convertir les Indiens. Pour cela, il exhibe sa fille, non seulement miraculée mais prétendument douée de pouvoirs de guérison. Mais son petit business est menacé par la progression de la Transamazonienne qui panique ses ouailles indiennes.

Pas toujours limpide dans son propos, "Transamazonia" vaut pour son casting à la fois puissant et étrange. Rebecca, c'est Helena Zengel, une jeune actrice allemande, au visage bizarre de rongeur blond, parcouru de cicatrices, rendant crédibles sa survie à l' accident. Lawrence, c'est Jeremy Xido, un acteur américano-roumain, par ailleurs réalisateur et qui n'a beaucoup à se forcer pour annoncer la venue d'un Dieu d'amour qui peut aussi déclencher sa fureur contre les méchants envahisseurs. Littéralement en transe, manipulant sa fille et ceux qu'il a convaincus de l'aider à bâtir son église, il ajoute un côté effrayant à ce drame qui se déroule dans un univers en pleine éruption.

La photo magnifique de Mathieu de Montgrand, saturée d'un vert presque opaque, parfois floue, parfois surplombant ce paysage de forêts abîmé en son centre par un gros trait limoneux, maintient en permanence un climat inquiétant, quasi fantastique. Il suffit d'un plan sur un engin monstrueux chargé de tracer la route et d'effacer toute la vie qui grouillait avant son passage pour comprendre pourquoi la vengeance des autochtones pourrait être terrible.

Coproduit par Tom Dercourt, avec pour trouver un sens à tous ces éléments prêts à s'entredévorer son frère Denis, en "script doctor", le film de Pia Marais est, il faut le répéter, un objet filmique pas commun du tout.

Ce n'est pas un remake d la "Forêt d'émeraude" de John Boorman. Les amis des "bons sauvages" ne sont pas sans reproches. Les Indiens, dès qu'ils sont au contact des "civilisés" sont irrémédiablement perdus. "Transamazonia" est un constat pessimiste d'une grande beauté et sans beaucoup d'espoir. Un ailleurs devenu une impasse tragique et dont la connaissance n'est porteur que d'un message nihiliste.