Comme d'habitude, il n'est pas aisé de revenir sur le marathon de 4 jours de spectacles et de musiques que sont les Vieilles Charrues. Il faut faire le tri, sélectionner les meilleurs moments, trouver un moyen de raconter cette grande fête dont la programmation un peu décriée nous semblait paradoxalement plutôt intéressante. Au lieu de regretter certaines têtes d'affiche ou de se plaindre du hip-hop de plus en plus présent, intéressons nous plutôt aux perles que nous avons pu découvrir et redécouvrir.

Et cela commence dès le jeudi avec Grife, duo féminin orléanais aux textes acérés. Une formation basse batterie tout à fait étonnante qui a nous a charmés en démarrant en fanfare le festival sous le précieux chapiteau Gwernig. Peu de temps après, nous retrouvions le trio des bricoleurs de Gablé, mélange improbable de pop rock et bruits bizarres sur des titres tout aussi farfelus que nous avons toujours plaisir à voir en concert.

Cette première journée, radicalement rock, la seule à ne pas avoir fait le plein sur cette belle année en terme de fréquentation, offrait ensuite un concert des fameux Astéréotypie, toujours aussi attendus, avec ce mix percutant de post-punk allié aux textes écrits dans le cadre d'ateliers avec des jeunes atteints de troubles autistiques. On retrouve donc l'incroyable Stanislas Carmont ou encore Claire Ottaway avec leurs textes surréalistes et leurs prestations toujours à fleur de peau. L'effet grande scène rend la musique un peu plus brouillonne que dans les petites salles et le public naviguant de scènes en scènes ne comprend pas forcément la performance mais c'est toujours un plaisir de profiter de ce spectacle rare qui mérite vraiment d'être découvert.

Après un beau concert de Damiano David en tête d'affiche du vendredi et une courte nuit de sommeil, retour sur la plaine avec un groupe soutenu par l'association, les bretons de Horizontal Francis qui proposent un rock brut avec un spoken word déjanté qui rappelle le groupe Dalton rencontré récemment aux Trans. Un très beau début de festival, en attendant de réécouter leur très bon petit album déjà sorti.

On profite du soleil avant de partir sur la grande scène Glenmor pour revoir The Kills, toujours aussi entrainant entre le flegmatique Jamie Hince et la tornade rayonnante Alison Mosshart. Julien Doré leur succédera sur cette grande scène avec un show très agréable mélangeant ses anciens tubes avec certains titres de son dernier album de reprises. Il joue de son image suivi par une caméra qui retransmet la scène sur écran géant et tient le public en haleine. Charmant pour la fin d'après-midi.

En fin de soirée, on n'attendait rien de Macklemore, tête d'affiche de ce vendredi soir, et pourtant ce fut l'un des show les plus bouillonnants du week-end. Le vrai spectacle à l'américaine avec section cuivre, showman qui court partout tantôt en liquette, tantôt en manteau de fourrure, flammes à volonté et projections géantes à gogo. Le rappeur chanteur américain égrenne ses tubes et ne s'économise pas pendant l'heure et demie de concert. Encore plus explosif que Deluxe qui avait retourné le public la veille, c'est dire !

Et la soirée est loin d'être terminée pas terminée en enchainant avec les teigneux Viagra Boys menés par Sebastian Murphy, bedaine en avant, bière à la main. Tantôt à terre, tantôt penché vers le public comme avant une dernière chute, il propose avec son groupe la majorité des titres du dernier et excellent album Viagr Aboys. On se demande comment il arrive encore à tenir debout, sur ses chaussettes noires de crasse, mais il reste et fait le show comme jamais.

Le samedi est plus calme, et la pluie s'invite, déversant au fil de la journée un déluge tout breton. Tandis que Katerine, le pagne alourdi par l'humidité, propose son dernier spectacle, fabuleusement visuel, absurde et toujours très bienveillant et amoureux de son public, on s'exile sur la scène Graal, paradis du rock et des musiques plus confidentiels pour découvrir enfin les Lambrini Girls, Phoebe Lunny et Lilly Macieira, toutes guitares dehors, bières sur l'ampli et doigts dressés qui font le show punk, haranguant le public, et déversant leurs titres à toute vitesse. Elles seront suivies par les amis rennais de Totorro qui vont enchanter le public avec leur math rock toujours aussi puissant.

Sur la grande scène, Martin Solveig tire sa révérence en jouant avec émotion le dernier concert de sa carrière devant une foule compacte de ponchos et autres imperméables avant de laisser la place en scène Kérouac, juste en face, à l'excellent Worakls Orchestra, mélange détonnant d'un orchestre classique et d'invités solos aussi divers qu'un violoncelliste, bassiste, un guitariste flamenco ou une guitar-heroïne heavy metal avec des chanteuses lyriques. Le tout au service de compositions très cinématographiques, un moment idéal sous le déluge incessant.

Dimanche, météo plus clémente pour accueillir en douceur Yoa, délicate mais un peu seule avec ses danseuses sur la grande scène 2, suivi de Ben Mazué, et ses spleens de la quarantaine dans un décor nettement plus travaillé. Sur la petite scène, la découverte Théa ne laisse pas indifférent avec un déferlement de décibels pour une power pop engagée dans un trio chant / guitare / batterie tout à fait convaincant.

Après le retour d'Alanis Morissette jeudi, salué positivement par toute la presse et le public, il y avait un doute sur le retour des Sex Pistols, amputés de leur chanteur remplacé par Frank Carter. C'est toujours une surprise quand de vieux groupes se reforment pour une tournée hommage. Ce fut pourtant un beau succès, sur la deuxième scène du site, avec une visite des principaux titres du groupe mythique soutenu par l'énergie de leur nouveau chanteur, tout en tatouage, offrant un punk moins crasseux que les Viagra Boys du premier jour mais soutenant largement la comparaison avec les nouveaux rockeurs alternatifs.

Dernier concert et départ en beauté avec Miki, découverte des dernières Transmusicales et qui donnera sur la scène Graal un concert beaucoup plus puissant que celui qu'elle avait proposé au Liberté en décembre dernier. Les bricolages sonores de son EP sont toujours présents et on sent sur scène l'énergie de la jeune franco-coréenne touche-à-tout qui passe de ses claviers à la foule en égrenant ses fameux tubes multi-diffusés sur les réseaux sociaux. On adore et on profite des derniers instants de festival sous la pluie qui refait son apparition comme pour signaler que nous sommes toujours en Bretagne.

Certes les grosses têtes d'affiche rock n'étaient pas légion cette année mais malgré quelques personnages du monde hip-hop aux paroles toujours problématiques, l'esprit éclectique des Vieilles Charrues est toujours là et les mauvaises langues devraient se déplacer sur les deux plus petites scènes pour découvrir d'excellentes perles musicales que nous avons hâte de revoir tout au long de l'année en attendant la prochaine parenthèse de 4 jours à Carhaix en 2026.

Crédit photos : Frédéric Villemin (retrouvez toute la série sur Taste of Indie)