Réalisé par Alessandra Lacorazza. Drame. 1h38. Sortie le 16 juillet 2025. Avec René "Residente" Perez Joglar, Sasha Calla, Lioi Mehiel, Sharlene Cruz, Leslie Grace, Emma Ramos.
On se plaignait récemment de la pauvreté du cinéma indépendant étasunien, coup sur coup, deux films sont sortis pour combler ce manque. Un "classique", très Sundance, "Didi" de Sean Wang et ici, "In the Summers" qu'on pourrait qualifier de "néo-classique", puisqu'il se présente comme "queer" et, à l'image de "Didi", ne transgresse aucunement les lois tacites qu'il défend.
Il ne faudra pas considérer ce propos comme une critique, mais comme un constat : le cinéma indépendant américain n'est pas, à l'heure actuelle, capable -sauf peut-être Sean Baker, l'auteur d'"Anora" et de de "Red Rocket" - de digresser, de traiter son sujet avec distance.
Le seul reproche qu'on pourra donc faire à "In the Summers", c'est son constant "sérieux". Ces quatre rencontres estivales entre un père divorcé et ses filles, Eva et Violeta valent par l'émotion qu'elles dégagent. Les filles grandissent, pas le père, même s'il se remarie et devient père d'une troisième fille.
Joué avec une belle fragilité, par un rappeur portoricain ("Residente"), il est mal à l'aise avec ce "bloc" constitué par les enfants de son premier mariage. Quel image, cet homme incapable de vraiment parler alors que ses filles deviennent adolescentes et acquièrent de la personnalité, peut-il leur renvoyer ?
D'autant plus qu'il est un pur latino, vit dans un état frontière, alors que ses filles sont à chaque fois plus "américaines". Que l'une d'entre elles ressemble de plus en plus à un garçon, marque aussi une différence avec le machisme que son géniteur dégage avec ses tatouages et sa tête rasée.
Mais, s'il est maladroit, alcoolique, porteur de colères qu'il tente de maîtriser comme il peut, c'est aussi un être aimant et ses filles, peu à peu, rencontre après rencontre, comprennent qu'il aurait rêvé d'une vraie famille, qu'il cherche à chaque fois à la reconstituer fictivement pour quelques jours.
La réalisatrice a eu la bonne idée de changer trois fois de casting pour interpréter les filles. A chaque changement, on a l'impression que les jeunes actrices acceptent davantage ce père fantasque, comprennent qu'il fait des efforts.
Loin du manichéisme trumpien, Alessandra Lacorazza imagine une autre Amérique où les marginaux de tous poils finissent par savoir vivre ensemble. Pour l'heure, ils font les uns et les autres des efforts d'approche et, surtout, refusent de s'arc-bouter dans leurs préjugés respectifs.
On retrouve cette utopie parfois naïve qui faisait barrage dans le cinéma indépendant au cynisme des films commerciaux dominants. Loin du triomphe de la force, des idées toutes faites, "In the summers" oppose avec détermination sa certitude : l'amour et la fraternité valent mieux que la haine et la bêtise.
Haut les cœurs ! Il y a du travail et des manches à relever pour vaincre l'inertie qui gangrène la société moderne. "In the summers", à son micro niveau, annonce que ce n'est pas rien si la famille décrite, mal partie, finit, été par été, par trouver l'amorce d'une harmonie.
