Réalisé par Sean Wang. Comédie, Drame. 1h33. Sortie le 16 juillet 2025. Avec Izaac Wang, Shirley Chen, Joan Chen, Zhang Li Hu.
On a beau faire : on est toujours content quand le cinéma étasunien quitte sa routine, ses chemins balisés de super-héros et de suites interminables pour s'en revenir au bon vieux cinéma indépendant.
Certes, quand on a enregistré l'info la plus importante : "Didi", le premier long métrage de Sean Wang est estampillé "Sundance", on comprend qu'il recycle les recettes habituelles d'un cinéma certes indépendants mais qui utilisent et réutilisent des situations déjà vues et des codes habituels.
Certes, il y a parfois des recettes paresseuses dans les produits "Sundance", mais grâce au personnage central, le rondouillard pré-ado et tous les problèmes qu'il traîne (être un sino-américain, élevé par trois générations de chinoises qui sont la plupart du temps sur son dos), on est enclin à une certaine indulgence. Indulgence qui ne cessera de croître au fur et à mesure que le film avance et que Didi doit faire des efforts pour tenter de s'incruster dans un groupe. Il échoue avec ceux qui le connaissent depuis l'enfance et ne réussit pas mieux avec des plus grands, des skateurs dont il s'est improvisé le filmeur... alors qu'il ne sait ni se servir d'une caméra, ni monter les piètres images qu'il a enregistrées.
Il a beau prétendre qu'il est métis, à moitié asiatique donc. Il est surtout un enfant dont le père est resté à Taïwan et croit être détesté par sa sœur et sa mère... avec cependant un élément positif : une grand-mère déjantée.
Didi accomplit douloureusement sa dernière année avant le lycée. On aura le droit à des classiques de cette période, comme une "teuf" dont il ne va pas revenir très. vaillant. Ce qui le marquera davantage, c'est le départ de sa sœur et celui de sa grand-mère. Tous ces repères enfantins vacillent alors qu'il s'imagine que sa solitude sera aussi de mise au lycée où il se présente ayant perdu ses amis d'autrefois sans avoir réussi à les remplacer par de nouveaux.
Mais, l'état psychologique de Didi n'inquiète pas vraiment : il est dans une période de transition et va se découvrir bientôt des passions qui vont l'occuper et lui changer sa jeune vie. Découvrant son lycée, il a l'occasion de s'inscrire dans un club audiovisuel où il pourra s'initier vraiment aux techniques de l'image. Pas besoin d'épiloguer : il y a beaucoup du réalisateur Sean Wang dans le personnage de "Didi". Tout à la fin du film, celui-ci comprend enfin sa mère et sa vie pas heureuse, seule pour prendre soin de sa famille en pleine Amérique profonde. Sa mère, c'est Joan Chen, productrice du film qu'on a pu voir en 1987 dans "Le Dernier empereur" de Bernardo Bertolucci et qui a réalisé depuis un film plutôt réussi et mémorable, "Xiu Xiu" (1999)
Elle, c'est certain, peut expliquer à Izaac Wang, dont la performance charismatique porte le film, qu'il ne croulera pas sous les rôles de cette qualité et qu'il devra user de ténacité et d'imagination s'il veut, comme elle, être toujours présent quarante ans après ses débuts au cinéma.
"Didi" de Sean Wang mérite le détour. Dans le contexte actuel, malgré son formatage Sundance, il est au-dessus du lot et il se voit avec un grand plaisir.
