Il y a quelques semaines, le groupe français Da Capo emmené par Alexandre Paugam sortait le très beau Songs from the shade où le groupe continue de cultiver un univers singulier où se mêlent lyrisme, romantisme pop et arrangements soignés. Nous avons profité de la sortie de ce nouveau dissque pour poser quelques questions à Alexandre Paugam.

Comment pourrais-tu décrire l’univers musical de Da Capo et quels seraient les éléments constitutifs de cet univers musical ?

Alexandre Paugam : Je dirais que la musique de Da Capo est difficile à catégoriser. J'ai moi-même du mal à définir le genre quand on me le demande. D'un côté, il y a bien sûr les influences de la pop et du folk anglo-saxon. De l'autre, un amour immense pour la musique classique, le jazz et la musique de film. A l'arrivée, je ne me pose aucune limite. Mon objectif est d'écrire la musique la plus riche possible. D'où le côté parfois inclassable de Da Capo.

Es-tu d’accord si on parle pour ta musique d’un axe mélodie / émotion / lyrisme / mélancolie ?

Alexandre Paugam : Oui, je suis d'accord même si c'est un peu réducteur. Ma musique est souvent lyrique mais il peut m'arriver de chercher des choses plus simples, obsessionnelles voire répétitives. Si tu prends le cas des rythmes chez Da Capo, il y a une grande diversité. Je crois que j'ai composé sur à peu près tout : ternaire jazz, folk, boléro, bossa, pur binaire… ça, au départ, c'est la grande influence des Beatles notamment de l'album blanc avec sa palette musicale élargie...

Mais tu préfères quand même les gammes mineures et les tempi andante...

Alexandre Paugam : D'une manière générale, oui. J'ai toujours préféré le mineur au majeur pour des questions émotionnelles bien sûr. Pour moi, il n'y a rien de plus beau qu'un enchaînement de 3 ou 4 accords mineurs…s'ils sont bien choisis évidemment.

Tout en évitant le pathos...

Alexandre Paugam : C'est une question délicate. Déjà, le mot est difficile à définir. Il y a de la sentimentalité chez Da Capo donc probablement un peu de pathos. Mais cela ne me dérange pas du tout ! Si tu prends l'exemple du final d'Il était une fois dans l'Ouest d'Ennio Morricone, on peut considérer qu'il y a du pathos dans cette musique mais c'est magnifique !

Considères-tu ta musique comme sombre ou lumineuse ?

Alexandre Paugam : Plutôt sombre mais pas plombante. Il y a aussi des moments lumineux dans ma musique mais j'ai effectivement une préférence pour les zones d’ombres…

Comment composes-tu ?

Alexandre Paugam : Parfois à la guitare mais principalement au piano. C'est l'instrument roi pour composer. Par exemple, le fait de pouvoir plaquer des accords en main droite avec des basses dissonantes en main gauche, c'est extraordinaire pour un compositeur et seul le piano permet ça ! En général, je me mets au piano et me laisse porter par l'intuition du moment. Je déteste préméditer les choses. Parfois, ça vient d'un jet. D'autres fois, c'est plus laborieux...

Le poète Henri Michaux a défini la musique comme l'art de l'élan. C'est exactement ça. L'élan, la dynamique initiale sont indispensables pour composer une bonne chanson.

Dans ta musique, les arrangements, l’instrumentation tiennent une place importante...

Alexandre Paugam : Oui car je considère que les arrangements sont aussi importants que la mélodie du morceau. C'est probablement l'influence de la musique orchestrale du 19ème et du 20ème siècle.

Pourquoi se contenter d'une mélodie accompagnée alors qu'on peut enrichir la musique de manière incroyable avec des arrangements travaillés ? Prends l'exemple de Gustav Mahler. Il a apporté à la symphonie une complexité polyphonique jamais vue auparavant. C'est magnifique quand toutes ces voix viennent enrichir et parfois perturber délicieusement la mélodie principale.

Quelle est ta chanson préférée et pourquoi ?

Alexandre Paugam : Sur l'album, ma chanson préférée, c'est "Alone". J'ai une préférence pour les formats un peu longs. Ici, j'aime le crescendo musical avec ces cordes obsessionnelles et ces strates d'arrangements qui s'additionnent au fil de la chanson. Le paroxysme final (qui a demandé beaucoup de travail) me satisfait.

Quelle serait la chanson idéale ?

Alexandre Paugam : Je ne crois pas beaucoup à la chanson idéale. Quand on aime la musique, on aime forcément des types de chansons parfois très différents. Mais pour répondre à ta question, je dirais : un formidable élan mélodique saupoudré d'une étrangeté voire d'un mystère inattendu... "Space Oddity" de Bowie ?