Pièce de Benoît Lepecq et Corinne François-Denève, mise en scène par Benoît Lepecq, avec Marianne Chassagne-Berthier, Céline Forest Baratin, Lou Defressigne.

En pleine terreur en 1793, aux Halles, deux femmes en route pour Venise sont obligées de s'introduire dans une auberge d'apparence fermée pour échapper à la foule.

Il s'agit de deux comédiennes vénitiennes venues rendre hommage à leur dramaturge et ami, le grand Carlo Goldoni. L'une est affublée d'un costume de marquise, l'autre est travestie en cavalier. 

Quant au garçon d'auberge, seul personne présente dans les lieux, il semble quelque peu taciturne et fantasque...

Benoît Lepecq et Corinne François-Denève ont choisi de rendre hommage à l'auteur italien du XVIIIe siècle et à sa célèbre pièce "La Locandiera" à travers la rencontre de trois personnages emblématiques : Teodora Medebach et Maddalena Maliani (comédiennes de la troupe pour qui écrivit Goldoni) ainsi qu'Andoche, le garçon d'auberge qui va s'avérer être Andrée.

L'écriture est habile et le style, impulsé par Benoît Lepecq, de belle facture. On reconnaît la touche d'humour de Corinne François-Denève dans des dialogues aussi spirituels que savoureux.

Marianne Chassagne-Berthier, déjà magistrale dans le rôle de la présidente de Tourvel dans Les liaisons dangereuses mis en scène par Benoît Lepecq, est une fois encore épatante de justesse et de présence. Elle compose une Maddalena au caractère bien trempé. 

Céline Forest  Baratin dans un jeu varié est une Teodora pleine de finesse. Elle montre de plus une remarquable écoute de ses partenaires. 

Enfin, Lou Defressigne est formidable en Andoche et propose une très belle évolution de son personnage dans un jeu pas si éloigné de la Commedia dell' arte de l'époque... 

Dirigées avec rigueur et inspiration par Benoît Lepecq, les trois comédiennes sont entièrement au service du texte et montrent une très belle complicité. On est conquis.

A la fois représentative des moeurs du XVIIIe siècle mais portant également une dimension très actuelle quant à la condition des femmes, "Les femmes Goldoni" est un subtil hommage rendu au "Molière italien" et une pièce plaisante qui donne envie de découvrir ou redécouvrir "la Locandiera".