Texte écrit par Eugène Ionesco, mis en scène par Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault avec 7 danseurs.
Une élève vient prendre un cours particulier pour se préparer à passer le "doctorat total". Un professeur des plus étranges la reçoit. Pour la troisième fois, Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault se confrontent à l'univers d'Eugène Ionesco avec l'une de ses pièces célèbres : La leçon.
Dès le départ, on est scotchés par l'esthétique des danseurs maquillés de blanc, aux chemises blanches et cravates colorés, qui font indéniablement penser aux spectacles de Bob Wilson, créant une atmosphère particulière. Le tout est mis en valeur par les lumières d'Alexis David, qui sont remarquables.
Dans l'adaptation des deux chorégraphes, les trois personnages de la pièce (le professeur, l'élève et l'assistante) sont rejoints par onze danseuses et danseurs (jouant des élèves) pour un travail choral et des tableaux de groupe saisissants.
Le texte, conservé dans son intégralité (avec quelques très rares ajouts fort à propos) est formidablement joué par les danseurs qui, outre le sens de l'interprétation, accomplissent la performance d'allier une danse de grande intensité tout en parlant avec une remarquable clarté et un contrôle impressionnant de la respiration.
Les chorégraphies sont millimétrées et l'ensemble, sur un rythme échevelé, prend parfois des allures de cérémonie tribale avec des influences nettes de danse africaine sur un bande-son vitaminée et répétitive qui favorise la transe. Mais, fidèles à leurs habitudes, c'est à de multiples influences qu'a fait appel le duo pour des tableaux sans cesse étonnants et hypnotiques.
La précision de tous les danseurs du Théâtre du Corps, les qualités d'interprétation de Julien Derouault (impérial), Manon Chapuis (ébouriffante) et Solène Messina-Ernaux (déconcertante) font de ce spectacle un émerveillement constant. Et subliment tout l'absurde du texte de Ionesco.
Avec La leçon, Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault mettent en relief de façon saisissante le formatage opéré à l'école, le contrôle du savoir et les rapports de pouvoir. Tout en proposant une danse d'une liberté totale et d'une folle imagination. C'est fin, burlesque et infiniment interpellant.
Un très grand spectacle !
