A l'heure où la multiplication des festivals rend les programmations parfois un peu fades, Art Rock 2025 nous prouve une fois de plus que le mélange des genres, entre têtes d'affiches intergénérationnelles et petits groupes pointus, fonctionne à merveille.
Cette année encore, le festival briochin a affiché complet en proposant trois soirées avec ses deux scènes principales place Poulain Corbion mais également quelques pépites dans le forum une fois la nuit venue. Sans oublier évidemment la partie Rock'n'toques en plein centre ville où depuis 16 ans se pressent les amateurs de gastronomie rock. Visite sur place en trois jours.
Ouverture du festival le Vendredi avec Solann et l'épreuve du premier concert du festival. La jeune artiste, mise en avant lors des Victoires de la Musique, propose une relecture en finesse de son bel album Si on sombre ce sera beau. Comme toujours lors des premiers concerts, le public arrive doucement mais cela n'empêche pas l'artiste de régaler les fans du premier rang avec ses mélodies que l'on va assurément entendre de nouveau pendant tout l'été.

Changement d'ambiance radical avec Jan Verstraeten, sur la très intéressante scène B. Et ce sera l'une des belles surprises du festival. L'artiste belge et son groupe ont livré une performance théâtrale et colorée, avec masques, déguisements et pop flamboyante. Mention spéciale au sac peint sur la tête et au monstre final. Encore un artiste que seule la Belgique peut nous proposer.

Et pendant que les mythiques Ecossais de Texas déclinent, devant une foule hyper dense, les hits d'il y a presque 40 ans (en commençant par "I don't want a lover" pour ne décevoir personne), on file vers le forum pour y dénicher les meilleurs concerts intimistes que le festival propose. Et pour arriver juste à temps pour écouter les derniers titres des Rennais de Totorro, de retour après une longue absence en attendant leur nouvel album. Toujours aussi précis, le groupe de math-rock enchaîne mélodies répétitives, calmes reposants et déchaînements bruitistes. Un vrai plaisir dans ce forum bouillant, chargés de bonnes énergies soniques.

Suivront les sud-africains de Internet Girl, déjà repérés aux dernières Transmusicales avec un set également très rock, mené par Ntsika Bungane, déchaîné en avant scène, derrière une guitare saturée et des rythmes alternant sons jungle et pur électro rock. Espérons les revoir très vite sur d'autres scènes.

Samedi, on repart dans Saint-Brieuc en démarrant avec le calme de la pop élégante d'Aliocha Schneider, très à l'aise, heureux de rejouer avec son groupe et qui pose ses histoires du quotidien entre deux anecdotes, suivi sur l'excellente scène B par un voyage dans le temps avec la pop sixties acidulée et terriblement efficace de Juniore. Les trois musiciennes et leur quatrième élément masculin, touche-à-tout naviguant entre les instruments, captiveront la foule pendant une petite heure sous le soleil enfin présent au-dessus du site.

Et en ce début de soirée, c'est fidèle à lui-même que Katerine fait son entrée déguisé en reine d'Angleterre avant de finir (presque) nu pour coller au mieux à son fameux titre des JO 2024. Un concert à la fois millimétré et fantasque à l'image de l'artiste qui fera monter sur scène les costumes de bananes pour sa chanson éponyme. Impeccable et généreux juste avant le tourbillon La Femme qui emportera tout sur son passage avec un bestof survitaminé de leur discographie. Le tout soutenu par de magnifiques projections visuelles plutôt impressionantes.

Le dimanche sera plus calme comme pour se remettre de l'avalanche de sons de la veille. En attendant la tête d'affiche, et tandis que Cat Power propose sa relecture, version courte, du fameux concert de Bob Dylan en 66, les bons concerts de la scène s'enchaînent entre les Briochins très rock de SBRBS ou l'excellente Uzi Freyja en déesse du hip-hop punk.
La tâche de clore le festival reviendra ensuite à Franz Ferdinand avec, en première ligne, Alex Kapranos, très bavard, qui multipliera les discussions entre les chansons, et proposera une visite de tout le répertoire du groupe de "Take Me Out" aux derniers tubes de leur nouvel album The Human Fear. Une leçon de rock, impeccable, pour terminer ces trois jours de musique.
Comme tous les ans, Art Rock aura donc proposé une programmation impeccable et d'excellents concerts malgré une météo un peu capricieuse. Le mélange têtes d'affiche et découvertes, énorme scènes et forum intimiste, gastronomie et tables rondes fait toujours mouche et on a déjà hâte de la prochaine édition.
Crédit photos : Frédéric Villemin (Toute la série sur Taste of Indie)
