Réalisé par Chloé Barreau. Documentaire. 1h35. Sortie le 4 juin 2025. Avec Anna Mouglalis, Anne Berest, Jeanne Rosa, Marco Giuliani, Rebecca Zlotowski.

Avec son titre en référence au maître ouvrage de Roland Barthes, ses participant.es célèbres et sa démarche à la Sophie Calle, "Fragments d'un parcours amoureux" de Chloé Barreau mérite d'être qualifié d' "objet filmé non identifié".

Certes, on est loin d'un documentaire biographique sur un personnage célèbre, loin d'une autofiction ludique et il est compréhensible que certains soient gênés par l'entre-soi qui caractérise un petit monde qui part du lycée Henri IV pour vingt-cinq ans plus tard profiter de la dolce vita romaine.

D'autres, au contraire, goûteront cet exercice sociologique qui, en analysant les amours tous azimuts d'un groupe endogame, trace un portrait d'une génération qu'on pourrait appeler la génération post-sida, celle où grâce aux trithérapies et à une sexualité de "classe", on pouvait -Chloé Barreau le prouve magnifiquement - retrouver des liaisons peu dangereuses, même si elles n'étaient pas garantie sans souffrances et sans ressentiments.

Chloé Barreau, depuis son adolescence, a toujours filmé ses proches, a accumulé une matière digne de Vivian Maier pour la photographie. Avait-elle dès les années lycées ou Khâgne l'idée qu'elle en ferait quelque chose ? C'est le mystère es intentions qu'elle n'avouera peut-être jamais clairement. Et elle a bien raison. 

Toujours est-il qu'on suit, dans "Fragments d'un parcours amoureux", une douzaine de ses histoires d'amour. Chacun des personnages a été interviewé par des intervenants extérieurs sur sa relation passée et actuelle avec Chloé. Tout est possible : maintien d'une complicité amicale post-romance amoureuse, rupture tempérée avec le temps, dépit définitif presque haineux...

Le film est un exercice de montage étourdissant et il ne faudra pas oublier le travail de la monteuse Marina De Pedro ainsi que les collaborateur.es de Chloé Barreau au scénario, Marco Perez et Giula Sbernini.

Le mélange entre les documents d'époque de Chloé Barreau et les interventions d'aujourd'hui de ses amant.es ne répond pas à une construction plan-plan, à une alternance fastidieuse du passé et du présent.

En quelques minutes, passées les réticences dur la description d'un milieu microscopique, le spectateur prend plaisir à s'engager dans ce labyrinthe d'histoires toujours recommencées. Chloé Barreau, qu'elle le veuille ou non, apparaît comme un sacré phénomène, capable d'animer ou de manipuler les êtres dont elle s'éprend.

Loupe grossissante, son film fait le portrait d'une génération arty, à l'aise, mais néanmoins soumise aux aléas des années où l'on s'aime mais pas pour toujours. Certain.es lui envieront la richesse de ce parcours, d'autres  préféreront leur monogamie aux côtés d'un être unique et à jamais cher.

Dans "Fragments d'un parcours amoureux", Chloé Barreau ne pérore pas : ce n'est pas un éloge du libertinage ou du papillonnage. C'est une description clinique de sa sexualité où ses partenaires ont le droit à la parole, et lui rappellent parfois qu'elle a raté le coche, celui d'une passion qui aurait surmonter les épreuves du temps qui passe...